Confirmation de la bonne impression générale laissée par le tome d'ouverture : "Cat Shit One" est une référence incontournable si vous souhaitez lire une bande dessinée traitant de la guerre du Viet-Nam.
On retrouve les différents personnages et le choix de l'auteur d'une représentation animalière des différents protagonistes. On s'est désormais fait à ce parti-pris et c'est sans problème qu'on voit les Américains représentés comme des lapins, les Français comme des cochons, les Viet-Congs en félins ou les Japonais sous la forme de singes. Cela permet de reconnaître facilement à quel camp chacun appartient et permet une certaine lisibilité dans les combats.
Le dessin est d'ailleurs une réussite. En noir et blanc avec des applats de lavis, le trait est précis et minutieux et immerge le lecteur dans les décors et l'ambiance de l'époque. Le découpage est serré et les planches comportent autant de cases que les albums franco-belges malgré un format nettement plus réduit : cela permet une densité du récit.
Le récit, justement, témoigne de la même minutie. L'auteur est très documenté et abreuve le lecteur de notes de bas de pages pour expliquer les différents sigles utilisés par les personnages. Le lecteur pressé peut se passer de les lire mais les amateurs d'histoire seront ravis de voir la solidité du propos. La guerre du Viet-Nam est retranscrite avec précision mais aussi talent : les différentes scènes sont bien menées et on s'attache de plus en plus aux personnages.
Pour faire un lien avec la chronique de Piehr et donner un autre avis, je n'ai pas trouvé que les Américains étaient encensés. L'auteur ne rend pas les Viet Congs antipathiques et les injures racistes viennent plus souvent des GIs que de leurs adversaires. Tout le passage qui voit White en permission montre bien qu'une partie grandissante de l'opinion publique américaine ne soutenait pas le conflit. "Cat Shit One" n'est pas antimilitariste, c'est évident, mais s'attache à montrer la guerre du Viet-Nam au quotidien et avec une certaine objectivité.
On devine une fascination de Kobayashi pour les armes et ceux qui les utilisent. Mais reproche-t-on au "300" de Miller d'être une apologie de la guerre ? Le thème choisi par l'auteur est chargé de sens puisque cette guerre a été vécue par nombre de personnes encore en vie. Méfions-nous des tentations manichéennes : le rôle actuel de gendarme du monde des Etats-Unis ne doit pas nous amener à chercher une critique systématiquement virulente de leur action. Kobayashi ne dit jamais que les Américains mènent une guerre forcément juste. Il s'attache à quelques soldats seulement, ce qui explique sans doute qu'il n'y ait pas de vrai salaud comme dans "Platoon" par exemple. Cela n'empêche pas les personnages d'être douteux, comme Botaski dont le racisme récurrent me semble assez intelligemment exploité.
Bon album donc, et bel apport sur la guerre du Viet-Nam qui étoffera avantageusement votre bédéthèque.