Cet album est un monument dans la série, un incontournable dans le récit. Si vous avez aimé les quatre premiers tomes, celui-ci contient l'essence même du scénario, un résumé a lui tout seul de l'ambiguïté et de l'absurdité du monde sur lequel Adam Reith a échoué. En bref, toute l'économie du pays repose sur les sequins, monnaie universelle de ce monde. Ces sequins poussent à l'état sauvage sur le territoire des Carabas, en couleurs diverses, dont la rareté détermine la valeur : un sequin pourpre en vaut cent blancs, cinquante pourpres, vingt écarlates, et ainsi de suite. Mais ce territoire est aussi le terrain de chasse des DIr_Dirs, qui tuent impitoyablement tous ceux qui osent s'y aventurer.
A partir de ce concept, Jack Vance a développé tout un échange complexe d'intérêts, tantôt communs, tantôt contradictoires : les Dirdirs utilisent les Carabas comme terrain d'entraînement pour leurs jeunes, donc encouragent son exploration par un jeu de règles compliquées, qui semblent laisser une chance aux aventuriers. Dans la ville voisine, on vend des cartes, de l'équipement, des conseils, on joue, on boit, on dépense les sequins durement gagnés. Un commerce parallèle s'est établis, plus ou moins honnête.
Au fil des pages, on se rends compte de l'extraordinaire talent de l'auteur, qui non seulement à mis au point une économie sans pareil qui tient la route (je voudrais bien voir les EURO pousser sur les arbres), mais qui en plus imagine pour Adaml Reith le moyen de tout foutre en l'air, en quelque sorte, car ce système a une faille. Le lecteur pourrait la chercher, car elle est évidente en vérité, mais la leture ne lui en laisse pas le temps, mélange de suspense et d'impatience auquel on ne peut échapper.
Autre bonus, le dessin s'est amélioré depuis le dernier tome, il semble que les héros ont acquis désormais leur physionomie définitive, ce qui rends la lecture plus aisée. Le dessin reste bon, la dynamique des actions est très bien rendue, il manque peut-être un peu plus de commentaires, que l'on trouve dans le roman, pour savoir un peu plus ce que pensent les uns et les autres, et connaître mieux leur personnalité. Là où le dessin doit suppléer à la description, l'album montre de nombreuses lacunes. Mais le lecteur peut se faire une idée tout seul des motivations des uns et des autres, après tout. Le personnage d'Hissam le Thiang est un poème à lui tout seul.
C'est sûrement le meilleur passage du roman, c'est forcément l'un des meilleurs albums, même si on peut faire quelques petites réserves. Mais c'est aussi peut-être ce tome qui peut vous décider à acheter la série. N'hésitez surtout pas ......