Le premier tome d’un western décalé comme je les aime ; que l’on peut rapprocher des excellents "Gus" de Christophe Blain et "Big Foot" de Nicolas Dumontheuil. Mais ici, les auteurs Ceke et Griffon ont imaginé un western qui joue bien plus sur le côté noir et crépusculaire et beaucoup moins sur le côté humour décalé des deux opus précédents. De plus, les duettistes ont intégré une ambiance fantastique originale qui colle parfaitement bien au récit.
C’est à la maison d’édition Akiléos que l’on doit ce très bon premier tome. Autres qualité de cet album : ce sont les personnages aux gueules toutes plus improbables les unes que les autres ; _personnages_ qui semblent tout droit sortis du film Freaks… Cette ambiance malsaine est accentuée par la mise en page et les cadrages audacieux, tout ça dans un très beau noir et blanc. Enfin, les encrages aux tonalités très puissantes s’adaptent parfaitement bien au récit et accentuent le côté sordide. Voilà, donc un premier tome intéressant qui laisse cependant pas mal d’interrogations. Espérons que la deuxième partie soit d’aussi bonne facture…
En catégorisant cette première partie de dytique de western fantastique, le lecteur pourrait injustement faire le rapprochement avec "Lune d'argent sur Providence", alors que, excepté la qualité du premier volet et la présence d’un bonus en fin de tome, ces deux ouvrages sont très éloignés l’un de l’autre. C’est pourquoi le terme de western gothique, revendiqué par les auteurs, colle probablement mieux à ce western à l’ambiance atypique et noire.
A l’instar de cette couverture qui se limite à l’essentiel, la simplicité et l’efficacité de la narration viennent d’entrée cueillir l’amateur de 9ème art pour une descente aux enfers en compagnie d’un jeune looser que tout le Far West connaît maintenant sous le nom de Billy Wild : chasseur de prime ayant déjà 237 âmes à son actif !
L’intrigue a beau être assez simple, le rythme imprégné par ce récit en ‘deux temps’ nous balance efficacement entre le passé de ce jeune paysan qui finira par faire parler la poudre comme nul autre suite à la rencontre d’un certain Linus, et le présent de ce héros torturé qui réalise lentement le prix qu’il devra payer pour ses crimes et son invincibilité.
Si le nombre de dialogues n’excède jamais les besoins de l’histoire et réduit considérablement le temps de lecture, c’est au niveau du graphisme que le lecteur trouvera assurément le rapport qualité/prix recherché pour cette production qui pourrait paraître plus onéreuse que les autres.
Car, pour une première, c’est des deux pieds que Guillaume Griffon enfonce la porte à battant du saloon de la bande dessinée, avec une impressionnante maîtrise du noir et blanc, un découpage dynamique et intelligent et des personnages expressifs aux tronches insolites.
Bref, une suite de diptyque très attendue, un site (http://billy-wild.com) à visiter et deux pistoléros d’Akileos qui se retrouvent sur ma courte liste d’auteurs à rencontrer, dead or alive !