Christophe Bec se définit de plus en plus comme un expert en bandes-dessinées de fantastique et d'horreur, usant d'un dessin reflétant à la fois la claustrophobie inquiétante des espaces clos et l'écrasement des hommes, infimes face à des décors gigantesques et imposants. Pourtant, Zéro Absolu, son premier essai du genre, pêchait par une narration originale mais très confuse. Sanctuaire bénéficiait d'une construction et d'un scénario excellents mais pêchait par le dessin de ses personnages difficiles à différencier et à reconnaître. Mais on sent au fil de l'oeuvre de Bec qu'il s'améliore dans son art à chaque nouvel essai. Voilà avec Bunker sa dernière série en date, et je peux vous confirmer qu'il s'est défait de quasiment tous les petits défauts qu'on pouvait lui reprocher auparavant.
Bunker raconte l'histoire de soldats en poste sur la Démarkacia, frontière naturelle et militaire entre deux pays imaginaires en guerre latente, située sur une chaîne de montagne culminant à plus de 11000 mètres. Décors montagneux démesurés, ambiance de huis clos loin du monde civilisé, mal des montagnes et membres gelés, angoisse permanente d'être attaqué par l'ennemi mais aussi... par autre chose.
Les décors sont excellents, comme toujours avec Christophe Bec. Et les personnages ne sont pas en reste. Facilement reconnaissables cette fois-ci, ils sont toujours aussi réalistes mais nettement plus beaux et maîtrisés que dans ses précédentes oeuvres. Le dessin est lumineux, la narration très claire la majorité du temps. La colorisation est belle et discrète. Bref, ce sont des planches de toute beauté mais surtout sans défaut narratif qui nous sont offertes là.
Le récit nous présente dès les pages de garde un pays militariste et farouche et ses soldats et dirigeants qui vont être les héros de la BD. Ce pays fictif est un cocktail d'armement américain et français, de géographie russe et de langue balkanique. Un pays à la fois réaliste et suffisamment imaginaire pour qu'on sache qu'il puisse tout y arriver.
Car dès le départ, le récit ne se cache pas : il sera fantastique, voire proche de la science-fiction ! Dès l'introduction, nous découvrons en effet le massacre perpétré par des créatures énormes ou invisibles, à même d'écorcher et de sucer la chair des hommes d'un seul souffle. Ensuite seulement débarquent les protagonistes qui seront rapidement amenés au coeur de l'action.
Contrairement à Sanctuaire ou Zéro Absolu, l'intrigue ne se base pas sur l'apparition insidieuse d'évènements inexpliqués et sur l'ignorance des personnages de ce à quoi il sont confrontés. Ici, les dirigeants ainsi qu'un peuple de villageois troglodytes semblent bien savoir quelles sont les créatures monstrueuses qui apparaissent là et comment aller les chercher. Ce n'est donc plus vraiment la même angoisse et le même sentiment d'oppression sourde. L'affrontement est plus direct, même si les humains sont loin d'en mener large, impuissants face à ces choses qui les dévorent comme elles les dominent.
Mais, avec ce premier tome, les auteurs ouvrent un grand nombre de pistes et de mystères qui suffisent véritablement à captiver le lecteur et à le laisser sur une féroce envie de connaître la suite. Le scénario a l'air complexe et innovant, empêchant toute prévision sur les évènements à venir, les motivations de chacun et l'origine et la nature de ces créatures étranges et monstrueuses.
Seul reproche que je pourrais faire, la narration de quelques passages mouvementés est un petit peu confuse, chose que Christophe Bec et Betbeder pourraient encore améliorer pour que l'action et les moments effrayants passent mieux.
L'édition Dupuis dans la collection Empreinte(s) est en outre de très belle qualité, offrant de superbes couvertures et des pages solide et agréables au toucher, ce qui ne gâche rien.
Personnages variés et pleins de personnalité, intrigue prenante et soignée, intelligente utilisation de l'aspect fantastique du récit, narration majoritairement claire, dessin excellent : c'est une belle série qui s'entame là, une série qui ravira les amateurs de fantastique, de SF, d'action et de frissons.
Voici une nouvelle série qui s'annonce plutôt sympathique.
Nous trouvons plusieurs qualités à ce premier tome. Premièrement le graphisme de Frédéric bec très typé réel, dynamique et précis mais parfois un peu froid. Autre petit Bémol, les couleurs manquent parfois un peu de punch et l'ambiance graphique réelle elle aussi manque parfois de poids pour alourdir encore plus l'ambiance très sombre, mystérieuse et emplie d'une violence sous jacente.
Le scénario qui pourrait s'expliquer simplement dans sa trame principale se complexifie avec des intercalations courtes et sans liens apparents avec l'histoire première. On se doute qu'un lien relie l'ensemble et que ces flashs sont d'une importance capitale dans la compréhension de l'énigme, mais pour l'instant heureusement on est loin de tout saisir.
Pour autant, ce premier tome introduit habilement les divers personnages, même si la dernière page ne nous surprend guère et ne nous donne pas une envie farouche de lire le tome suivant. La chute de cet album est donc une petite déception.
Pour le reste, le mystère est bien entretenu, les personnages ont des psychologies bien différentes et assez poussées.
Le mode narratif basé sur une voix off lisant une lettre est particulièrement efficace et change de la grande majorité des BDs habituelles.
Après le triptyque de "Sanctuaire", Christophe Bec se lance dans une nouvelle série en compagnie de Stéphane Betbeder et prévue en cinq tomes.
Question originalité, il faudra repasser car ce sont les mêmes ingrédients que ceux qui ont fait le succès de "Sanctuaire" qui sont ici repêchés : un huis clos où des militaires doivent affronter une force maléfique qui les dépasse totalement. De plus, les clichés sont omniprésents et les dialogues ne volent pas haut malgré une intrigue située à 7000 mètres d’altitude.
La présentation du personnage principal, partiellement basée sur des échanges de lettres, contient trop de longueurs et est finalement assez barbante. D’un autre côté, le scénariste ouvre beaucoup trop de pistes (fantastiques et autres), ce qui résulte en un premier tome contenant trop de zones d’ombre pour vraiment parvenir à accrocher le lecteur.
Le graphisme, sans être vraiment convaincant, parvient à installer l’ambiance angoissante adéquate. Le paysage montagneux et enneigé, ainsi que le dessin photo réaliste, baignent cette histoire dans un environnement glacial et inquiétant. Les personnages ne sont cependant pas toujours facilement reconnaissables et leur manque de charisme est pénalisé par ce dessin froid et superficiel.
Nous revoilà dans l’univers préféré de Christophe Bec, le monde militaire dépouillé de sentiments et rempli de préceptes patriotiques. Le scénario n’est pas sans rappeler une autre production de Bec, Sanctuaire, ou se côtoient armée et monstres fantastiques. Je dois avouer que je n’ai pas vibré à la lecture de cette histoire, même si je dois reconnaître que le scénario est bien construit. Mais ce type de récit s’adresse à des lecteurs précis qui aiment ces histoires dépouillées d’amour et de sensibilité.
Ceci dit, le dessin est quand à lui superbe, tout en traits fins et précis. Les paysages sont splendides et les engins très réalistes. Les personnages sont dessinés avec soin, et les visages sont expressifs. Il arrive quand même au fil des pages de ne pas toujours reconnaître qui est qui. Ce premier album met en place le récit, et déjà un petit grain de sable apparaît dans cette machine militaire bien huilée. L’auteur sait nous donner envie de découvrir la suite, prévue sur cinq tomes, ce qui me semble beaucoup, et j’attends donc l’album suivant pour voir.
Le scénario de Bec et Betbeder repose sur les mêmes bases que Sanctuaire avec un milieu clos : le bunker (/sous-marin), le tout perdu dans une immensité hostile à la l’homme : la haute montagne (/les profondeurs de l’océan), un temple mystérieux et dangereux possédant des forces ancestrales et surnaturelles, et des protagonistes appartenant à l’armée russe (/armée américaine). Donc rien de réellement nouveau jusqu’à présent, mais j’espère que les 4 tomes suivant prendront une direction autre, après ce tome d’introduction. Voilà pour le fond, maintenant, la forme : les dialogues et le découpage me paraisse plus clair que sur les autres séries de Bec. Mais en revanche je trouve que la voix off du héros, qui raconte sa vie, est gênante au bout d’un moment même si j’image que c’est important pour la suite.
Les dessins de Bec sont comme à l’accoutumé ultra réalistes avec un jeu d’ombre et lumière très réussis. Cette fois ci à mon grand désespoir (^^), Bec ne caricature pas de stars du cinoche (à moins que ça m’ait échappé), mais je trouve ces personnages beaucoup plus facile à identifier, il ne sont plus changeant comme c’était le cas sur Zéro Absolu et Sanctuaire à moindre échelle.
Les couleurs de Alluard sont bonnes. J’aime beaucoup le choix de sa palette de couleurs toujours juste et dans le ton de l’histoire, et elle accentue bien le jeu d’ombre et lumière mise en place par Bec.