Un récit à l'esthétique sombre et dérangeante pour un récit tout aussi attirant et dérangeant à la fois.
Sincèrement, je n'y ai pas vraiment accroché, je me suis même senti rebuté à plusieurs moments. Mais je reconnais à cette BD une vraie force évocatrice, évocatrice d'émotions contradictoires et de pseudo-souvenirs parfois désagréables.
Charles Burns aborde le sujet de l'adolescence, d'une adolescence pervertie par une maladie sexuellement transmissible qui transforme physiquement les contaminés et les amènent à devenir des parias de la société. Sous le prétexte de cette maladie, j'ai ressenti une métaphore de la façon dont la majorité des adolescents se sentent eux-mêmes en dehors de la société à un moment donné de leur vie, cherchant parfois inconsciemment à quitter le cocon de la famille et la société pour se diriger vers un monde plus adulte dont ils ont parfois honte.
Images et récits se révèlent pour moi insidieusement violents, ou en tout cas dérangeants. Personnages à la fois esthétiques et laids, lieux emplis d'ordures où à l'image de l'un des personnages on craint de se couper sur un vieux tesson de bouteille à chaque pas, ambiances malsaines et pourtant légèrement attirantes. Mes émotions à la lecture de ce petit pavé furent assez contrastées mais tendent toutes vers un certain rejet.
J'ai le sentiment que si cette BD vous parle, elle peut se révéler excellente car elle apporte son esthétisme et sa force avec elle.
Mais dans mon cas, elle m'a plutôt rebuté, me sentant totalement étranger aux personnages et ne partageant pas leurs émotions et envies.
Le genre de visions d'adolescence qui met un peu mal à l'aise et donc un récit qui me repousse davantage qu'il m'attire.
En ce qui me concerne, j'ai eu la chance de pouvoir lire "Black Hole" d'un coup, dans l'intégrale.
Ca faisait longtemps que je tournais autour, de par sa réputation de qualité, mais aussi son sujet, des adolescents ayant subi des mutations et se retrouvant exclus du monde "normal".
Et puis ça y était, j'étais au milieu de tous ces ados paumés, luttant pour ne pas céder au désespoir, essayant de se serrer les coudes pour s'en sortir, d'une façon ou d'une autre.
J'ai été un peu déçu par cette série. D'abord par un aspect visuel quand même difficile à contourner : la grande ressemblance entre les deux héros masculins de la série. J'avais du mal à m'y retrouver, même si leurs histoires étaient quand même un peu compartimentées. Et puis aussi le fait que l'histoire semblait revenir en arrière sans prévenir. Ca m'a un peu gêné, et j'ai dû reprendre ma lecture un peu avant pour en comprendre la structure.
Mais pour le reste, c'est vraiment bon. Charles Burns distille un fantastique diffus, ténu, qui ne semble en fait n'être qu'un prétexte pour se pencher sur ce drame social touchant plusieurs jeunes américains. Et c'est là que le récit prend toute sa force. cette peinture de moeurs d'une population marginale est vraiment saisissante. On se croirait vraiment, par moments, dans la tête de ces jeunes gens.
Au final, ma lecture a été assez agréable, mais certains choix narratifs et visuels m'ont un peu freiné dans ma progression.
Charles Burns fait parti de la nouvelle génération de la bande dessinée américaine underground et rejoint des auteurs majeurs comme Craig Thompson et surtout Daniel Clowes. Black Hole est une œuvre d’une noirceur totale, où règne un profond désespoir. Ce désespoir est partagé par l’ensemble des adolescents de son livre.
Burns maîtrise parfaitement son dessin constitué d’aplats noirs. D’ailleurs, ces dessins sont particulièrement terrifiants et inquiétants. Ces thèmes sont proches de ceux des livres de Daniel Clowes ; mais chez celui-ci, les personnages peuvent parfois espérer une forme de rédemption. Point de salut chez Burns, ses héros sont marginalisés, exclus de la société, voire bannis. Tous ces jeunes adolescents se droguent, boivent, sans très bien comprendre le mal qui les affecte. Les relations sexuelles engendrent chez eux de terribles malformations physiques.
Cet ouvrage évoque donc les thèmes de l’exclusion, de l’absence de normalité qui entraînent la déchéance. Burns montre des transformations physiques écoeurantes et le rejet qu’elles provoquent de la part de la communauté ; la scène du fast-food en est un parfait exemple. Ce qui nous frappe aussi, c’est l’absence d’horizon : peu d’échappatoire pour cette jeunesse désabusée et désespérée, où le rêve se transforme toujours en cauchemar.
Un ouvrage sombre, mais fondamental et incontournable, qui fait parti des essentiels du festival d’Angoulème 2007…
L'avis d'Yvan sur cette BD est fort réussi et décrit tout à fait l'ambiance de ce livre glauque et angoissant.
C'est très dense : de la société américaine de 70-80, de la drogue, de l'adolescence, des relations sexuelles, des MST (comment ne pas penser au SIDA ?), de la différence etc ... Tout est abordé et toute la violence qu'on peut lier à ces thèmes est décortiquée au fil des pages.
Le trait , d'apparence simpliste, et le noir et blanc ne font qu'accentuer le malaise du lecteur au fil des pages. On est tour à tour embarqué dans les délires psychédéliques des protagonistes sous l'influence du LSD, puis retour à la réalité avec un trait froid et réaliste.