L’histoire se déroule au sein d’un petit village isolé qui dissimule un lourd secret. L’auteur a pourvu ce petit village de tous les personnages (légèrement stéréotypés) nécessaires pour renforcer cette impression de clan et d’isolement : le curé, l’idiot du village, le maire, le docteur, la vieille folle. L’ambiance campagnarde, propice au thème de sorcellerie, ne fait que renforcer cette impression.
L’originalité du récit ne réside donc pas dans ces thèmes qu’un auteur tel que Chabouté adore également exploiter ("La bête", "Zoé"). La véritable force de ce récit réside dans Silence, ce garçon muet et simple d’esprit auquel le lecteur s’attache très vite. Un personnage qui ne connaît pas la haine et qui transforme cette ‘banale’ histoire de vengeance en un conte magnifique, empli d’humanité.
Relu un soir d’orage, autant dire le temps idéal pour se replonger dans l’ambiance de cette singulière histoire, joliment préfacée par Henri Gougaud.
Une histoire de vengeance, froide comme la peau d’un serpent, et magnifiée par un dessin où le profil fluide des personnages fait écho à celui des paysages.
Un poème en noir et blanc, qui penche parfois dangereusement vers le manichéisme, sans jamais toutefois y sombrer.
Néanmoins, pas le chef d’œuvre annoncé. Les personnages manquent un peu d’épaisseur, ils sont un peu caricaturaux, et l’histoire est somme toute très simple. Cependant, cela reste une lecture plutôt agréable.
A déguster le soir au coin du feu par temps d’orage. (Enchaîner par un Fred Vargas, plaisir garanti ! )
Silence, c'est l'histoire de l'idiot du village, sourd et incapable d'éprouver le sentiment de haine et qui se fait exploiter avec méchanceté par tous les villageois. Cependant, Silence va être un tout autre homme lorsqu'il va croiser la route de la gitane marginale du village que tout le monde appelle la Sorcière. Quel est le secret de cette sorcière ? Et celui de Silence ?
De part ce speech, on comprends que l'on pénètre dans un récit noir, dur et émouvant.
En effet, comment ne pas être troublé, ému par le traitement infligé à Silence dans l'indifférence générale à commencé par sa propre indifférence (lui qui ne sait pas ce qu'est le mal).
Comès nous livre une histoire émouvante sublimée par la version intégrale en noir et blanc. Un indispensable dans votre BDthèque.
Après avoir lu quelques Chabouté sur des thèmes voisins, je dois dire que je n’ai pas été très étonné par la qualité de ce type de chronique (il faudrait que je relise Servais, tiens !). Ce qui détache Silence des autres, c’est son ambiance. A la fois fantastique, intimiste, il mise sur le côté poignant des personnages, sur la tragédie (ou la comédie) des situations pour nous emporter. Et ça marche ! On ne peut que rester admiratif devant cette belle œuvre, pleine de sensibilité et de charisme.
D'un côté, je ne suis pas réceptif à l'idée un peu soixante-huitarde, anarchiste et écolo de cette BD. Comes aime bien rappeler que la vraie vie est aux côtés de la nature, des traditions, et que les gens "différents" (sorciers, simples d'esprits, nains, siamois et autres phénomènes de foire) sont les "gentils qui combattent les méchants paysans rustre et les gendarmes de l'Etat policier".
Néanmoins, je dois avouer que cette Bd est pleine de charme, d'intelligence et de beauté.
Son dessin, tout d'abord, est très joli, même si je n'aime pas trop la façon dont Comes dessine les visages. Le style noir & blanc me rappelle Hugo Pratt (notamment sur les dernières planches), style que j'aime beaucoup.
Ensuite l'histoire elle-même est fine, pleine de poésie, et surtout bien équilibrée dans sa narration. La fin est un peu déroutante, puisqu'on a un sentiment d'injustice envers le gentil Silence, mais ça ajoute à la poésie et à la force de cette BD.
Une histoire du "rejet de l'autre".
Parce qu'il vit replié sur lui-même, dans le village de Beausonge perdu dans les Ardennes belges, Silence est considéré comme un attardé mental. Heureusement, sa seule amie, une "sorcière" que l'on craint, l'initiera petit à petit aux mystères de la nature et lui rendra la parole.
C'est la vie de deux exclus que tout rapproche doucement. Mais ils devront affronter divers tourmenteurs...
Exclu de la société = exclu de la vie. N'est-ce pas ce que l'on peut observer, parfois, autour de nous ?...
Cet album date de 1980. Comès y prône déjà une sorte de militantisme écologique. Cette fable régionaliste, fantastique, mystique même est une ode à la différence. Comès marie avec force les contractes noir et blanc; son dessin est équilibré, élégant.
Un album très personnel et novateur. Déjà un classique.
Comès aborde ici le thème de la différence. Face à ce type d’ « anormalité », certains réagissent avec cruauté, d’autres feignent de ne rien voir et ferment les yeux ou leurs volets. Enfin, il y a ceux (beaucoup plus rares) qui passent au-dessus de cette « barrière » pour mieux connaître, mieux comprendre et au final apprécier.
Ces trois attitudes sont très bien rendues par l’auteur.
Par contre, je reprocherais un certain manichéisme dans la composition des personnages. On a d’un côté Silence, idiot au cœur pur, de l’autre Abel Mauvy, être ô combien monstrueux. Je ne doute pas que ce type d’ordure existe (malheureusement), mais ce contraste violent entre le très gentil et le très méchant me gêne un peu : Comès a, selon moi, choisi la facilité en ralliant aisément tous les lecteurs à la cause de son personnage central. J’aurais aimé des personnages plus nuancés, comme c’est souvent le cas dans la réalité. Bon cela étant dit, je suis le premier à me ranger aux côtés de Silence qui est extrêmement attachant.
En parlant de contraste, que dire de ce graphisme noir et blanc que Comès maîtrise à la perfection. Je n’utiliserai pas de superlatif concernant son dessin, dont je ne suis pas grand amateur, mais qui a d’indéniables qualités.
Au final, on se retrouve très rapidement plongé dans cet univers inquiétant, marqué par les secrets de village et la sorcellerie. Le côté « campagne profonde » accentue le réalisme des différents personnages et leurs croyances. Le scénario est très bien construit. Le mutisme de Silence renforce le caractère poignant du récit. Un très bon one-shot.
Intrigué depuis longtemps déjà par les avis assez élogieux sur cette bd, j’étais cependant très rebuté par le dessin. En feuilletant l’album, on n’a en effet pas vraiment envie de le lire, le style graphique étant vraiment particulier…
Mode digression On :
comme quoi le fait d’aimer « Stray bullets », « Chicanos », « La maison des secrets », « Pourquoi je déteste Saturne », « Le phénix », bref, tous ces albums a priori quelque peu repoussants, mais au final véritablement excellents, n’empêche pas de se diriger plutôt vers les choses graphiquement attrayantes…
Mode digression Off.
Le sujet de « Silence » est assez difficile à déterminer. Il ne s’agit pas comme on pourrait le croire de se révolter face aux souffrances et humiliations faites à ce pauvre muet (et attardé), et dont il ne se rend même pas compte. Il ne s’agit pas non plus d’une histoire de vengeance, ni de celle d’un terrible secret. La sorcellerie y joue une part importante, mais elle n’est pas non plus le thème central.
En fait j’ai l’impression qu’il n’y a pas vraiment de thème central : tous ces éléments ont leur importance, mais ils sont tous présents, sans qu’aucun prenne réellement la première place. Chacun y verra donc sa propre vision des choses…
J’ai un peu l’impression que Comès ne savait pas forcément où il voulait aller, que dans une certaine mesure le scénario a évolué au fur et à mesure de la réalisation de l’album. Cela donne des passages assez intenses (on est parfois vraiment révolté, d’autres complètement fasciné) et d’autres au rythme plus « mou », voire même un peu chaotique (je pense au chapitre 5 : « L’initiation » par exemple).
Mode digression On :
Quand j’y repense, le tout fait peut-être un peu bric-à-brac, possiblement du fait de la longueur de l’album. Aujourd’hui un autre auteur l’aurait très sûrement fait plus court, comme deux volumes de 46 planches. La richesse y aurait été moindre, mais le rythme aurait été différent, peut-être plus proche de ce à quoi l’on est habitué…
Mode digression Off.
Le dessin de Comès est très, très intéressant ! A priori pas attirant du tout, les visages en particulier sont très figés, peu expressifs, et les personnages parlent comme ils pensent : lèvres fermées… Mais sa façon de dessiner les paysages est assez géniale, et son utilisation du noir et blanc parfois magistrale (cf. les premières cases du chapitre 2, la première planche du chapitre 3, superbe avec tous ses arbres tentaculaires par exemple) ; sa façon de dessiner les personnages secondaires montre une capacité à la caricature tout en rondeur que je trouve magnifique (les enfants, première planche du chapitre 5, le nain « Blanche-Neige » qui soit dit en passant pourrait être un personnage de Tardi).
On retrouve dans tout cela un goût de Chabouté (dessin + histoire), voire même de Frank Miller (dessin). L’humour, très peu présent, est tout de même là, un peu acide : « Il faut savoir écouter pour être gendarme »… Écouter un muet qu’on ne pense qu’à coffrer et juger coupable, hum !
Au-delà de toutes ces qualités et de ces quelques défauts, « Silence » est un plaisir à lire, un album bien élaboré, intéressant à décortiquer (relecture indispensable), graphiquement très beau (oui oui, malgré l’impression de laideur initiale !), et certainement pas banal. Bref, chaudement recommandé.
Si vous avez aimé : lire impérativement "Des fleurs pour Algernon", roman de Daniel Keyes chez J'ai Lu !
Franchement, en voyant tous les avis, j'étais super motivée pour lire cette BD mais là je me retrouve vachement déçue... L'histoire n'est pas du tout ce que j'attendais et il y a un moment où j'ai même du me forcer pour continuer ma lecture... Déjà, à partir de là, c'est clair que ma note ne peut pas être superbe...
Bon, je ne dis pas que c'est nul à souhait, il y a quand même des passages convenables... Sérieux, y'a des moments où je reprenais espoir mais non, il manque un truc...
Je n'ai pas grand chose à dire sur les dessins, ah oui, je n'ai pas lu la version noir & blanc mais les couleurs pastels ne dérangent aucunement dans la lecture (ce dont j'avais peur) et passent sans difficulté...
Ben voilà, désolée de casser le délire cultissime...
L’histoire de Silence c’est notre histoire, c’est notre monde, notre vie avec ses joies, ses peines, ses illusions. Silence est de ces gens sans malices, profondément et naturellement gentil, il fait parti de ces gens qu’on oublie pas.
« Je mapel Silence é je sui genti » voilà comment commence l’histoire et voilà comment elle se finit.
Tout au long de ce conte d’une immense poésie, on suit Silence avec souffrance et tendresse, et parfois, à tort, avec compassion. Car quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense, non, Silence n’est pas ignorant et insensé comme notre monde voudrait bien nous le faire croire. Il est notre part d’insouciance, de bonté. Il est muet et simple d’esprit, il ignore le sens du mot haine, mais il l’apprendra, malheureusement à ses dépends, face au don que possèdent les gens à l’égard de la différence, celui de dénigrer. Silence, un véritable éloge de la différence, un combat contre l’intolérance. Il est l’innocence, la candeur que chacun a connue mais que personne n’a conservé. Triste ? Non, Silence est une ode à la vie.
Eh bien, c'est pas moi qui ferai baisser la moyenne de cette série... excellentissime !
Attention, c'est tout de même très triste. L'histoire de l'"idiot du village", muet de surcrois, et qui se fait brimer (le mot est faible) par tout le monde, des enfants aux plus vieux, ça n'engendre pas la franche rigolade.
Le scénario de Comès est tout simplement sans faille. Parfois dur, parfois tendre, il ne peut que nous émouvoir tant la narration semble franche et crue parfois.
On redécouvre en meme temps que Silence son passé, son présent, son avenir, et on comprend ce qui, du moins au début, est totalement étranger à ses yeux.
Silence est avant tout, par le biais de cette histoire, un constat et une accusation envers notre comportement général envers la différence, raciale, physique ou encore psychique, et rien à faire, c'est très troublant !
Le dessin de Comès est lui aussi chargé d'émotions. Moins bon que ses dernières réalisations, il est tout de même assez fin et vraiment très personnel, caractéristique de l'auteur.
D'origine en noir et blanc, la réédition couleur en deux tomes est tout à fait correct : des tons plutot pâles qui ne font pas tord a l'ensemble de l'oeuvre.
entièrement d'accord! Silence est touchant de par sa naïveté, on vit à son rythme dès les premiers chapitres! cette histoire ne peut laisser personne indifférent !! engagez-vous sur le destin de Silence!