Je suis le premier posteur à donner un 4/5 à "Aya de yopougon". Je m'en étonne : voilà selon moi un album de qualité qu'Angoulème a primé à juste titre.
Déjà, le thème de cette bande dessinée mérite qu'on s'y attarde. Le continent africain n'est pas souvent exploré par le neuvième art, en particulier s'il ne s'agit pas d'une série d'aventures ! Stassen ("Deogratias") avait déjà réussi à traiter de cette autre civilisation. Marguerite Abouet, née à Abidjan, est assurément l'une des premières à la présenter sous la forme d'un roman grapique au ton plutôt léger. Point de cauchemar de Darwin ni de génocide rwandais : la scénariste nous montre une Afrique vivante, drôle, spontanée et profondément humaine. J'ai beaucoup apprécié cette vision du continent africain, loin de ses drames actuels ou du poids de la culpabilité européenne liée au colonialisme. Parce que l'Afrique est avant tout un continent où vit et s'aime toute une partie de l'humanité, et qu'on a trop tendance à l'oublier.
Ensuite, l'intrigue est très agréable à lire. Dans la lignée de la nouvelle bande dessinée qui n'hésite pas à raconter ce qui ressemble à des petits riens sans importance, "Aya de yopougon" raconte avec talent et justesse le quotidien d'Ivoiriens. Le langage y est différent, les coutumes aussi, mais le lecteur européen se reconnaîtra sans peine dans ces jeunes qui cherchent l'amour et la distraction. Les personnages sont attachants, le ton est plaisant. On dévore ces planches sans jamais relâcher son attention et son intérêt.
Enfin, cerise sur le gâteau, Clément Oubrerie livre des planches très réussies. Il y a une belle adéquation entre son graphisme (dans un style très nouvelle bande dessinée, lui aussi) et le scénario. Le petit format de l'album n'est en rien génant car on sent que le dessinateur l'a pris en compte dans la réalisation technique de cette bande dessinée.
Je recommande donc chaudement "Aya de yopougon" à tous ceux qui veulent découvrir une Afrique différente de celle que les médias ont (hélas) souvent à nous montrer, ainsi qu'à tous les bédéphiles amateurs de romans graphiques de qualité. Kêh !
D'abord, bravo aux éditions Gallimard, c'est du beau travail d'éditeur.
Ce livre au format A5, sur un joli papier épais, cartonné durement, est un joli document.
Feuilletez le, vous découvrirez un univers coloré, des cases dessinées à la main, souples, et un style agréable, un beau dessin, couvrant géographiquement l'accès à ce monde de soleil.
J'ai bien aimé cette atmosphère, le rythme lent sous la chaleur, la décontraction des personnages et leur façon de faire les choses calmement.
Par contre, j'ai moins adhéré au scénario, avec ces désirs de carrière contre ces désirs de vie, ces rivalités, ces sorties entre filles (même si l'épisode des pieds est magnifique !).
C'est donc un ouvrage que j'ai trouvé fort inégal, avec un talent supplémentaire côté dessin, mais avec une trop grande légèreté de la trame du récit.
"Aya de yopougon", c'est un rafraichissant. On sourit souvent en suivant les pérégrinations de ces jeunes gens dans le village de Yopougon. Les situations sont cocaces, les dialogues teintés d'humour, le tout relevé par un dessin qui traduit l'humour omniprésent de cet album.
Tout prête à passer un bon moment de divertissement et de dépaysement. De multiples facettes de la culture africaine sont abordées avec simplicité et authenticité.
A la fin de l'album, "le bonus ivoirien" nous livre un lexique et quelques suppléménts expliquant des techniques de danse, des recettes... Encore une fois c'est fait en semant quelques grains d'humour par ci par là.
Ce récit nous transporte à Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan, en 1978 en compagnie de trois copines : Aya, fille studieuse qui rêve d’étudier la médecine, et ces deux amies Adjoua et Bintou, qui elles ne pensent qu’à faire la fête et à courir les hommes.
Le dépaysement est garantit au milieu de l’insouciance africaine, des expressions pittoresques, des coutumes locales et de cette ambiance communautaire où tout se partage et qui contraste cruellement avec nos habitudes sédentaires.
Loin des fléaux qui touchent l’Afrique, Marguerite Abouet nous livre un récit au rythme africain, plein de légèreté et de fraîcheur. Le tout admirablement mis en image par Clément Oubrerie.
Edité dans la collection Bayou (dirigée par Joann Sfar), tout comme "Le local" de Gipi, ce récit a reçu le prix du meilleur premier album au Festival d’Angoulême 2006.