J'ai nettement préféré cet album au précédent. Mais pas suffisamment pour mettre une note supérieure. Le scénario est toujours à l'étroit dans les 47 pages de cet album (il en faudrait beaucoup plus), mais il apporte un souffle nouveau. Le dessin a lui aussi pris de la maturité, et se démarque quelque peu de l'influence de Moebius. Globalement, le lecteur que je suis est plus rassasié par cet opus qui traite essentiellement du voyage en bateau de Reith et ses compagnons pour atteindre le pays de Cath.
Il y a un net progrès dans le scénario, car le tome précédent était très statique. Là, Reith et ses compagnons ont décidé de rallier le pays Yao, et de rendre Ylin Ylan à son père, qui est censé les couvrir d'or en échange. Malheureusement, ils arriveront au pays de Cath les mains vide, eternel scénario de la promesse non tenue et des espoirs qui s'envolent. Mais ceux de Reith ne sont rien à côté de ceux de l'intriguant Dordolio, qui joue un rôle triple, voire même quadruple, que le lecteur se délecte à découvrir.
Un progrès aussi dans le symbolisme de cette aventure. En s'attaquant aux quatre races de Tschaï, Reith s'attaque aux quatre éléments : le feu, l'eau, l'air et la terre. Si l'épreuve du feu a été surmontée, elle n'a rien donné sinon des cendres : il faut chercher ailleurs. Les dessins sont bien adaptés à ce côté mystique de l'aventure puisque cette épreuve de l'eau commence par un voyage maritime, que nos amis vont surmonter. Mais jusqu'à quel point ?
Le seul petit défaut du scénario, je l'ai déjà dit, c'est de proposer des raccourcis quelquefois drastiques comparés à l'œuvre de Jack Vance. La personnalité de Dordolio est fade, celle des différents protagonistes du voyage en bateau l'est tout autant. Les auteurs font mourir sans ambage les deux filles du marchand de l'île des nuages pour ne pas avoir à donner d'explications sur la séparation d'avec nos héros, ce qui n'est pas le cas dans le roman. Et un certain humour particulier, étranger à Jack Vance, commence à transparaitre dans les répliques. On sent que scénariste et dessinateur commencent à prendre leurs marques.
Mais ce qui est le plus important, c'est le respect de l'œuvre. On retrouve vraiment dans les dialogues le souffle du maître, on baigne dans l'univers de Vance, et à ce niveau, au bout du troisième album, on peut dire que c'est une franche, sinon totale, réussite. Jamais les puristes ne pourront crier au scandale sans être de mauvaise foi, tant on retrouve page après page un univers totalement compatible avec la description du roman. On arrive même enfin à visualiser des visages et des décors, qui ne choquent absolument pas. Sauf peut-être Adam Reith lui-même qui est extrêmement banal, passe partout, fade et sans saveur. Ce n'est pas forcément ce qu'a décrit le roman. Mais le plus dérangeant est qu'on le reconnait difficilement d'une page à une autre, tant son visage est quelquefois déformé. Il a de la chance d'être le seul à avoir les cheveux coupés en brosse. On se demande même quand il peut avoir le temps d'aller chez le coiffeur. Mais bon ......
Un troisième tome qui m'a beaucoup plu, et qui fait se jeter sur le suivant. Malheureusement, il est impératif d'avoir lu les deux précédents. Un mal pour un bien ..........
Morvan et Li-An se sont attaqués à un classique de la littérature de science-fiction. L'oeuvre la plus célèbre de Jack Vance (mais pas la meilleure à mon sens : je lui préfère par exemple "Cugel l'astucieux" ou, dans un genre très différent, "Méchant garçon") donnera lieu à huit albums de bande dessinée. Celui-là n'est que le troisième, correspondant à la première partie du deuxième roman.
Le dessin est plus gracieux qu'il ne l'était dans le premier tome. Visiblement, Li-An s'est davantage appropié l'univers du romancier et a trouvé un style plus séduisant. On peut supposer que cela sera encore plus vrai au fil des tomes. Tant mieux.
L'adaptation n'est pas chose facile. Alors que le deuxième tome m'avait plus séduit, le scénario de celui-là m'a semblé plus commun. Je trouve même que certains personnages manquent de relief par rapport au roman, comme le chevalier qui se présente auprès de Ylin Ylan, moins couard et moins croustillant que sous la plume de Jack Vance. L'histoire se lit agréablement malgré tout, mais je ne suis pas certain qu'elle soit pleinement convaincante pour un lecteur auquel elle ne rappellerait pas le roman original.
Pas déplaisant, mais pas pleinement convaincant non plus.