La chronique de cet album sera certainement différente, entre ceux qui ont déjà lu la série sous sa forme de roman, et ceux qui découvrent cet univers à travers la BD. Et puis il y a les cas à part, dont je fais partie, de ceux qui ont lu quatorze fois et plus l'œuvre de Jack Vance tant elle est sublime, et qui ont acheté les huit volumes en BD d'un coup pour le simple plaisir de juger de l'ensemble en tout état de cause. Et de faire une critique (au bon sens du terme) sur coinBD, cela va sans dire.
Et j'ai de plus la prétention d'être un connaisseur de l'œuvre de Vance. J'en profite donc pour signaler à tous ceux qui ont aimé Tschaï de s'intéresser à Lyonesse, ou à Araminta. Ou à la geste des princes démons, mais on s'écarte du sujet. Alors ce premier tome, qu'est-ce qu'il vaut ? Il est très bien dans l'ensemble, mais souffre des imperfections qu'un puriste ne peut négliger. Le scénario est retravaillé, mais pas les dialogues. On retrouve donc toute la verve de Vance, le décalage des dialogues, le parti pris, le choc des cultures, bref, tout ce qui fait la saveur des mondes de Vance. Ce qui manque un peu, c'est la qualité du narrateur des romans à nous plonger dans le sujet grace à des détails hauts en couleur que le dessin rends difficilement. On ne peut pas disséquer chaque vignette.
Pour donner un exemple, le début du tome nous plonge directement dans l'univers de la tribu des hommes-emblème, et ce sont eux qui découvrent Adam Reith. Ce n'est pas ce qu'a voulu Jack Vance, qui attaque son récit par les affres et les tourments des pilotes percutés par un missile, suspendus à un arbre, et qui s'angoissent sur leur devenir. D'autre part, il est important dans le roman qu'il commence dans l'espace, et finisse dans l'espace, car ainsi la boucle est bouclée. Le scénariste en a décidé autrement, histoire d'y apporter son empreinte, et les lecteurs décideront de la pertinence de ce choix.
Le dessin, maintenant. Argh, c'est difficile à évaluer. Comme le scénario se cache dans l'ombre du maître des histoires qu'est Jack Vance (toutes ses biographies le comparent à Stevenson et Dumas, excusez du peu), le dessinateur semble avoir emprunté son coup de crayon a un grand maître, comme moebius, allias Giraud, par exemple. Oui, finalement, entre l'incal et ce cycle de Tschaî, la différence graphique est mince. A tel point que, si dans l'incal on a quelque fois du mal à reconnaître John Difool, on a également ici de la peine à suivre Adam Reith tant son visage évolue d'une page à une autre.
Mais bon, ce ne peut être qu'un excelent album de BD pour trois raisons : le dessin peut être comparé à celui d'un maître, le scénario est une valeur sure, et c'est le premier tome d'une longue saga en huit volumes. Il faut le lire. Quand à acheter toute la série, chacun se fera une opinion, et le choix logique qui va en découler ..........
Les adaptations de romans de science-fiction en bande dessinée ne sont pas si nombreuses. En général, les auteurs préfèrent créer leur propre univers que de chercher à restituer l'ambiance mise en place par quelqu'un d'autre, ce qui est difficile et pas aussi gratifiant sans doute.
Ici, c'est une des pointures du scénariste début de troisième millénaire qui s'y colle : Morvan, entre autres repreneur de "Spirou et Fantasio", dont les amateurs de science-fiction ont assurément lu les différents tomes de "Sillage". Et notre homme choisit de s'attaquer à un monument de la littérature de SF : les quatre tomes du Cycle de Tschaï de Jack Vance. La démarche m'a paru suffisamment intrigante pour avoir envie de jeter un oeil au résultat.
Il n'est pas évident de juger une adapatation quand on a l'original en tête. De plus, Morvan se montre fidèle à l'oeuvre, jusque dans des dialogues explicatifs qui m'ont paru tout droit sortis des romans. Le déroulement de l'intrigue est tout à fait respecté. Certains passages sont traités avec un peu trop de rapidité. Des détails marquants ne sont pas repris (tel cet orgue diabolique du bouquin dont une prêtresse démente joue, envoyant des flammes sur des suppliciés lorsqu'elle presse une touche afin d'obliger les malheureux à chanter !). Globalement, le récit tient cependant la route et respecte l'oeuvre originale.
J'ai eu un peu plus de mal avec le dessin de Li-An. Pas vraiment laid, mais froid et sans charme. C'est dommage car on a du coup un peu de difficultés à s'attacher aux personnages. Il est probable que les prochains tomes (huit au total sont prévus) corrigeront le tir, ne serait-ce que parce que le lecteur aura lu suffisamment de planches pour dépasser ce handicap initial ! Et puis, reconnaissons qu'il est difficile pour un dessinateur de tomber en adéquation avec la représentation mentale des personnages que tout lecteur du bouquin s'est faite.
Pas déplaisante, cette lecture. Mais je ne suis pas persuadé qu'elle enchantera outre-mesure ceux qui n'ont pas déjà lu les romans de Vance.