Pour commencer, le dessin m'a tout d'abord fait légèrement penser à celui de "Kingdom Come". Certaines planches sont très belles, notamment quelques vues nocturnes du premier chapitre. Pour le reste, c'est de la peinture réaliste, mais à vrai dire Scott Hampton n'a pas le talent d'Alex Ross. En définitive, j'ai même trouvé certains certaines planches plutôt moches (en particulier en ce qui concerne les visages des personnages), mais ça doit tenir au fait que je n'aime guère le style réaliste. Globalement, il faut tout de même dire que ça se lit très bien et que le réalisme n'empêche en rien une mise en page et un dessin très lisible et déchiffrable.
Ensuite, concernant l'histoire, il faut savoir qu'elle se décompose en 3 chapitres.
J'ai trouvé le premier chapitre franchement bien. David Brin étant avant tout un écrivain de romans (Marée Stellaire, The Postman,...), il sait exactement comment distiller l'information pour nous faire réaliser dans ce chapitre ce qu'il est advenu depuis 1944 quand, alors que les Alliés étaient sur le point de mettre à mal l'Allemagne Nazie, sont apparus des Dieux peut-être extra-terrestres qui ont bouleversé la donne et qui ont entraîné la poursuite de la guerre encore plus de 20 ans après. L'ambiance est sombre, les Dieux d'Asgard sont impressionnants, l'intrigue est prenante, le mystère sur la réelle nature des Ases et la raison de leur présence sur Terre est complet, et les discussions entre Loki et le héros du chapitre, Chris Turing, rajoutent encore une dose d'énigme.
Il faut savoir aussi que David Brin étant écrivain, il n'a pu s'empêcher de mettre beaucoup de texte narratif autour des images qui alors ressemblent parfois plus à des illustrations plus qu'à des cases de BD. Ce texte représente les pensées du héros, ainsi qu'une part de narration des évènements passés pour que le lecteur comprenne bien la situation en 1962. Cette lecture peut paraître fastidieuse mais j'ai trouvé ça prenant, bien écrit et surtout vraiment intriguant.
Tant et si bien, donc que j'ai beaucoup apprécié ce premier chapitre et que j'aurais adoré que le reste de l'album soit du même acabit car ça aurait donné une BD d'Uchronie d'excellente qualité tant sur l'idée, que sur l'ambiance et sur le déroulement de la narration.
Mais le 2e chapitre est largement différent. On saute encore une génération dans le temps, prenant pour nouveau héros un homme qui, enfant, a été impressionné et inspiré par Chris Turing, le héros du chapitre 1. Cet homme est un aryen, au service des Ases, mais il trahit les Dieux pour aider l'humanité encore libre.
L'ennui à mes yeux, c'est que le décor de ce nouveau chapitre n'est plus aussi mystérieux et plein d'ambiance que le chapitre 1 : même si on n'a pas encore très bien compris qui sont et d'où viennent réellement les Ases, on se le fait expliquer assez rapidement. Les Dieux perdent ainsi leur côté impressionnant et mystérieux pour ne devenir plus que de gros bourrins en mal de combat. Et justement, le décor de ce nouveau chapitre est une Terre où le combat est porté sur toute sa surface, où les Dieux combattent les hommes, où ça explose de partout, etc... En cela, l'histoire rejoindrait presque les comics génériques avec combats de super-héros et d'hommes en armure. Et le personnage principal de ce traître aryen n'est pas non plus exceptionnel ni attachant.
Quant au 3e et dernier chapitre, il est dans la continuité du 2e, et je le trouve lui aussi très moyen. Plus de mystère, beaucoup de baston, et un dénouement de l'histoire presque trop facile (et pas précisément facile à comprendre par contre). La fin n'est pas vraiment mauvaise, mais elle n'est pas du tout au niveau du début à mon goût.
Il y a d'ailleurs dans ce chapitre une double page emplie de texte où l'on voit les représentants de toutes les religions humaines se réunir pour un grand cri d'amour, où ils expliquent comment ils étaient stupides de se battre entre eux auparavant, comment les Juifs aiment désormais les Musulmans comme leurs frères, comment l'Islam a pardonné aux Croisés, comment les Chrétiens ont abandonné la Croix symbole de souffrance pour retrouver le Poisson symbole des premiers Chrétiens, etc... Bref, une double page qui déborde de bons sentiments, qui dans les faits de la situation décrite dans cette histoire, pourrait effectivement passer pour réaliste, mais qui tel que présenté ici ressemble un peu à du bourrage de mou à la guimauve.
En définitive, une BD que je ne regrette pas vraiment d'avoir achetée notamment pour son idée de base qui est excellente et son premier chapitre qui est très bon, mais dont les 2/3 de l'histoire m'ont relativement déçu.
Ouvrage ouvert par curiosité, surpris par le titre : il est rare que des mots tels que "le jour du désastre" suivent l'expression "D-Day" ! Intrigué, j'ai donc voulu savoir de quoi il retourne. Et là, bonne surprise, me voici propulsé dans une lecture riche, passionnante et totalement originale !
Mélant uchronie et surnaturel, cette histoire bénéficie d'un scénario global solide, d'une intrigue dont la progression et les rebondissements sont souvent inattendus. Inattendu également, le traitement de la mythologie nordique que l'on a pas l'habitude de considérer ainsi. L'attention du lecteur est constamment ravivée par des éléments nouveaux, sans pour autant avoir l'impression d'une suite échevelée de révélation. Bref, une histoire de qualité, fort bien racontée : de bons ingrédients pour une très bon moment. La fin est un peu plus attendue, et le dénouement déçoit un peu, mais c'est surtout en regard de la qualité globale que l'on a cette impression, car il n'y a pas réellement matière à redire.
Cette excellente histoire est hélas tempérée par un dessin qui lui ne m'a pas franchement convaincu (et qui explique ma notation un peu ingrate pour le niveau de cette histoire). C'est original, voire parfois expérimental (c'est le mot qui me vient à l'esprit), mais assez inégal, et les choix graphiques ne me semblent pas toujours adaptés à l'ambiance recherchée... On remarquera quand même quelques planches tout-à-fait dignes d'intérêt.
Finalement, une BD de bonne qualité, mais quel dommage que le traitement graphique n'ait pas été à la hauteur du fonds, on aurait pu approcher les sommets !