Bonne idée que de nous plonger dans le Paris des années 1880-90, au cœur des apprentis anarchistes. Ceux-ci ballottent entre action coup de poing et réflexion journalistique. La cellule constituée par Milou et Augustin est en soi une micro-société avec ses meneurs, ses penseurs, ses déséquilibrés… Très intéressant, dommage que le dessin de Moynot faiblisse au début du troisième chapitre, car la rigueur de ses décors et costumes, mais aussi la représentation des aspirations et désirs de ces « sans-milieux » force le respect.
Après le Temps des Cerises, il y a eut le le Temps des Bombes. A la fin du 19ème siècle, les idées de Pierre Kropotkine, d'Elisée Reclus ou de Sébastien Faure font leur chemin ; chacun les interprétant à sa manière et agissant en conséquence. Ce sont ces années (1892-1913) secouées par une vague de violence et dont les responsables (Ravachol, Bonnot ... ) ont marqué la mémoire collective, qui ont inspiré à Emmanuel Moynot cette oeuvre vibrante d'espoir et de désillusions.
J'ai adoré cette bande dessiné. D'abord à cause du sujet et aussi la façon dont Emmanuel Moynot l'a traité. Le scénario est bien ficelé, le ton juste, et le dessin très séduisant.
Les personnages principaux sont un peu dépassés par les événements, aveuglés par la fièvre du moment et une certaine naïveté. C'est pour cela sans doute qu'on ne peux s'empêcher de les aimer. Leurs actes sont graves et lourds de conséquences, mais on arrive pas à éprouver de réelle compassion pour leurs victimes. Finalement, on ne sait plus très bien qui sont les bourreaux : ceux qui font le plus de bruit ne pas toujours les plus responsables.
On est triste aussi, quand les relations au sein de la petite communauté commence à se dégrader. Au fond, on aimerait croire à leur projet de vie parce qu'on en a presque tous rêvé un jour. Le désenchantement de l'engagement politique ou social résonnent dans bien des coeurs. En refermant cette album, j'ai eu l'impression d'avoir perdu quelque chose moi aussi.
Une Bd sympa qui se lit bien.
L’ambiance et la reconstitution du début siècle sont bien rendu. Le dessin simple participe grandement à la qualité de cet album. Les personnages sont attachants et l’on suit agréablement leur aventures anarchistes.
Sur les trois chapitres qui composent l’histoire, le troisième est le plus intéressant.
Un bon moment de passé à la lecture du «temps des Bombes» et un prochain en perpective à la seconde lecture.
Bon, je vais me faire descendre, mais tant pis.
Disons-le tout de suite, je n'ai pris aucun plaisir à lire "Le temps des Bombes". Sur les trois chapitres qui composent la version Encrages, le 1er à lui seul a réussi à me saturer et j'ai mis plus de deux semaines avant de réussir à lire la suite.
Alors bon, pourquoi ?
Eh bien pour plusieurs raisons :
* Tout d'abord, je m'aperçois de plus en plus que la collection Encrages a un mauvais côté, celui du noir et blanc. Je suis pourtant très ouvert sur ce point, j'adore des (chefs d' ) oeuvres comme "Idées Noires", les albums de Trillo/Risso, Chabouté, "Le phalanstère du bout du monde", et plus récemment "Gong", mais en même temps il y a quand même des albums qui ne sont pas faits dans l'idée d'être en N&B. Le dernier exemple en date dont je me souvienne est "Les enragés", dont on sent qu'il manque quelque chose. Ici j'ai eu le même impression. Mais bon, le dessin demeure excellent : simple, assez dépouillé, et surtout expressif.
* Ensuite l'histoire en général me rappelle ces feuilletons qu'on voit fleurir en été, et dont l'intérêt est dicutable. Certes, on partage des moments aux côtés d'anarchistes, et alors ? La lecture m'a laissé terriblement détaché de l'histoire...
* Enfin, justement sur ce thème central, l'anarchie, eh bien, comment dire... ça me gave. Ca m'indiffère, complètement, totalement. Je suis déjà convaincu à la base de tout ce qui est dit dans cet album : l'anarchie est une utopie qui ne peut que se casser la figure du fait de la nature bêtement humaine de ses acteurs. Pire qu'une utopie, il ne s'agit même que de l'expression d'un regret, celui de ne pas être aussi bien loti que les autres...
* En plus l'histoire "d'amour" m'a paru complètement cucul, quoique réaliste, en tout cas bien plus qu'une pseudo romance décorée de fleurs bleues.
Bref, ennui profond face à ce qui était plébiscité comme un chef d'oeuvre...
Les différents ouvrages de la collection Encrage de Delcourt, si ils sont de qualité inégale, possèdent tous cette particularité : des oeuvres d'auteur très personnelles, et qui possèdent une originalité propre.
"Le temps de bombes" n'échappe pas à la rêgle, permettant à Emmanuel Moynot de mettre en image une idée qui lui tiens à coeur : la mise en place d'une communauté anarchiste en pleine europe victorienne (fin du XIXeme siècle).
La grande force de cette BD : montrer les multiples facettes des anarchistes, qui, si ils se battent pour une cause commune, ont tous une interprétation de la vérité différente, et donc une méthode personnelle. Alors que certains prônent la communication, par l'édition d'un journal clandestin, d'autres pensent frapper forts en commetant des actions terroristes.
La où Emmanuel Moynot est fort, c'est qu'il ne prend pas parti. Il analyse les évènements qu'il décrit, par l'intermédiaire de ses personnages, afin de tenter de trouver la solution qui servira au mieux le petit groupe anarchiste.
Pourquoi ma note aussi élevée ? tout simplement parceque j'ai eu le plaisir de lire exactement ce à quoi je m'attendais de la part d'un ouvrage traitant d'un sujet aussi sérieux. On évite ici toutes les idées reçues (genre "Anarchisme = bordel"), pour aller directement à l'essentiel. Pourtant, on comprend à la lecture de ces pages que l'anarchie se doit de rester une utopie, que son application directe est difficilement envisageable... nos héros l'apprendront à leurs dépends.
Et puis, tout cela est si brillament raconté... on s'écarte parfois de la trame de fond pour vivre au jour le jour les joies et peines des personnages, un véritable voyage Les personnages sont attachants, touchants... et surtout, rien de Manichéen dans tout cela.
Le dessin, très personnel une fois encore, colle très bien à cette époque victorienne par son trait assez rond, et cet encrage particulier qui donne à l'ensemble un coté véridique, innocent, que j'aime beaucoup. Pas de prouesse technique, pas de cadrage extraordinaire, mais tout simplement un dessin qui va droit au but.
Je ne saurais que vous recommander la lecture de cet album, dont le troisième chapitre (à mon sens le meilleur) a été coscénarisé par Dieter. Maintenant, à vrai dire, il faut que le sujet abordé vous touche un minimum pour profiter à 100% de cette BD, à mon avis...
"Le temps des Bombes" est une BD qui se déroule en pleine révolution industrielle, connu bien-sûr pour son essor technologique et économique. Mais il ne fait pas oublier qu'à côté de ça sont nés nos systèmes politiques actuelles, si le capitalisme s'est imposé dans un premier temps, c'est après son premier échec, première crise économique qu'il a commencé à être contesté, ainsi sont nés les revendication, les luttes contre le capitalisme. D'un côté le communisme et de l'autre l'anarchisme avec dans chaque pays un représentant clé, comme Proudhon ou Bakounine, c'est cela que nous illustre Moynot : la montée de l'anarchisme qui est finit par devenir une utopie, il n'oublie de mettre en avant le côté le plus négatif de ce système politique, la prise du pouvoir (selon moi...). Car il ne faut pas oublier, qu'à côté de ce monde utopique, sans dieux et lois, les anarchistes prônent les actes terroristes pour arriver à réaliser leur rêve....n'est ce pas un peu contradictoire ? dire que l'on veut libérer l'homme de tous les vices qui les entourent et de l'autre les tuer ? Bref, Moynot a su mettre en avant le point que beaucoup oublit en se disant anarchiste pour faire jolie et avoir la classe...
Nous sommes alors plongé dans le vieux Paris au coeur même d'un groupe de jeune anarchiste, plus que déterminés. Chaque personnage a son propre caractère, sans, comme l'a dit Kael tomber dans la caricature. Ils semblent tellement humains ! Chacuns ont une vision assez différente de l'anarchisme, du moins Augustin (le héros), qui est selon moi le plus résonnable de tous qui demande que l'on accède à ce système politique par obligeatoirement par la force mais aussi par la propagande, c'est un peu la tête pensante du groupe, mais comme tous il a ses moments de folies et voyant que le danger est partout autour de lui, il agit, lui aussi...La première partie, voir même la deuxième est surtout axé sur l'anarchisme, les idéaux etc puis au tome 3 viens la suite de leur échec, la création d'une vie en communauté...Mais les héros semblent être poursuivis par l'échec, tout comme l'anarchisme, il faut croire...Et à côté de cela il y a une jolie histoire d'amour comment se mèle la lutte contre le capitalisme et l'amour, une passion que l'on ne peut éviter. Bref, un scénario très travaillé qui ne manque pas de rythme, il y avait moyen de faire plus de tomes, mais moi ça me convient. Un régal du début à la fin !
Les dessins de Moynot sont très simpliste, son style est clair, épuré mais c'est un véritable régal pour les yeux. Les illustrations passent derrière le scénario dans ce genre de BD selon moi. Il a tout de même essayé d'être le plus proche de l'histoire en dessinant un Paris de la fin du XIXe siècle...Bref, c'est une BD qui se lit surtout pour son scénario qui ne manque pas d'originalité, les amoureux de l'anarchisme pourront y trouver leur bonheur et les autres aussi...