Connaissant Dave McKean par la lecture de "Black Orchid" mais surtout par ses illustrations d’œuvres de Neil Gaiman et notamment les impressionnantes couvertures de "Sandman", je m’attendais à trouver en Cages un album très hermétique au graphisme incroyable mais peut-être trop sombre et complexe. Mais j’ai eu la surprise de découvrir une œuvre nettement plus facile à lire et finalement assez peu extravagante graphiquement parlant.
Je trouve Cages relativement facile à lire car le récit est au départ linéaire, le personnage principal assez attachant, les dialogues bien écrits. Dave McKean fait même preuve à de nombreux moments d’un humour très appréciable qui ne gâche vraiment rien au plaisir de lecture. Mais cela ne m’a pas empêché de décrocher complètement lors de certains passages plus artistiques, plus verbeux ou plus oniriques.
Quant à l’extravagance graphique, elle se borne à certaines images à base de photomontages, de peintures, certains passages abstraits ou simplement « différents » artistiquement parlant. Mais la majorité du récit se présente sous la forme d’une BD noir et blanc au trait presque classique quand on le compare aux incroyables montages graphiques dont Dave McKean peut être l’auteur. Ceci dit, classique est bien grand mot pour ce trait qui me fait en fait un peu penser à celui de Bezian, auteur dont on peut difficilement dire qu’il approche le style ligne claire.
Maintenant que j’ai parlé de la forme visuelle et de la narration, il faut tout de même aborder le sujet lui-même de cette BD qui n’est pas des plus évidents en première lecture. Car oui, il faut vraiment le dire, cet album, à la lecture un peu laborieuse du fait de ses 500 pages, nécessite en plus une seconde lecture pour vraiment pouvoir l’appréhender sérieusement car certains aspects se révèlent et s’expliquent mieux quand on a déjà compris certains tenants et aboutissants après la première lecture.
Et quel est le sujet abordé ? De ce que j’ai compris et ressenti, il me semble que Cages a pour thème l’Art en lui-même, abordant plus particulièrement les arts que sont l’art pictural, peinture et dessin, la littérature, roman et conte, et la musique, tout en n’oubliant pas quelques autres formes d’art abordées un peu moins ouvertement. Ce sont les vies d’artistes, les affres de la création, les conséquences de ces créations, diverses tentatives d’envisager les origines de l’inspiration, l’impossibilité de décrypter objectivement une œuvre d’art, les différentes façons de les aborder, de les ressentir, et tant d’autres variations sur ce thème compliqué et subtil qu’est l’Art et l’artiste. Le tout est traité à la fois sous forme de métaphores, de discours, de monologues, de dialogues, de contes, et tant d’autres, toutes ses formes de communications étant incluses dans un récit assez structuré basé sur la vie d’un immeuble où vivent le personnage principal et d’autres artistes ou non artistes, et sur une intrigue un petit peu étrange sur l’oppression que subit un écrivain qui a écrit un livre qui a scandalisé le monde entier. Bref, Cages est une œuvre d’art en elle-même traitant du sujet de l’Art et des artistes, un vrai bonheur pour les amateurs du genre et les étudiants en Art désireux de décortiquer chaque message, chaque métaphore, chaque symbole de ce récit complexe mais joliment structuré.
Cependant, je ne suis pas très amateur d’Art, du moins pas du genre à réfléchir mais plutôt à le ressentir, et je ne suis aucunement étudiant en la matière, j’ai donc eu un peu de mal à capter toute la symbolique de cette BD. J’ai globalement apprécié la force du message, le nombre assez grand d’informations qui nous sont transmises ou suggérées au cours de cet énorme one-shot sur le thème de l’Art, les parties linéaires du récit, quelques passages moins linéaires comme le récit de la Tour du Roi, mais comme je le disais plus haut, j’ai tout de même décroché à pas mal de moments. Cela a commencé par le long monologue de la femme abandonnée depuis 5 ans par son mari que j’ai fini par zapper au bout de quelques planches, cela s’est poursuivi par pas mal d’autres passages verbeux où je n’ai pas eu le courage en première lecture et à peine en seconde lecture de lire l’ensemble, de capter tout le message contenu. En outre, au delà de ces passages non linéaires, l’ensemble du récit, même les parties les plus claires ne m’ont pas tellement captivé. Et cette œuvre qui devrait être marquante m’a juste paru partiellement plaisante et belle, partiellement intéressante, mais quand même souvent hermétique ou tout simplement ennuyeuse. Certes, je ne pense pas être tout à fait le public cible, mais je ne saurais non plus conseiller à d’autres de payer un tel prix pour une telle œuvre, à moins justement d’être un grand amateur d’Art et d’histoire de l’Art.
Fantasme, rêve éveillé, souvenirs, réalités ?... que c'est compliqué tout ça !..
J'ai essayé -avec peine- de focaliser mon attention sur ces quasi 500 pages. Dur !...
Qui plus est, l'auteur varie ses styles graphiques et narratifs, parfois même à l'intérieur d'une même séquence.
Oeuvre difficile d'accès. C'est vrai qu'elle mène à une réflexion sur le parcours souvent difficile de la création artistique, mais -pfouhhh- qu'est-ce que c'est "lourd" à lire (au propre comme au figuré).
Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, non, mais ça ne m'a vraiment pas accroché. Qui plus est : lecture d'un album = délassement. Ce qui n'a pas été le cas. Mais peut-êre suis-je passé à côté du postulat ?...
En lisant la critique précédente, je réalise que Cages n'est pas une oeuvre à mettre entre toutes les mains.
C'est sombre, le dessin est particulier et plus encore, l'album ne prend son sel que lorsque l'on a lu les livres qui ont du influencer Mc Kean : 'La Vie : mode d'emploi' de Perec par exemple.
Une fois qu'on rentre dans la narration et que l'on se laisse prendre par le graphisme, on suit le rythme du shaman et les 500 pages nous emportent.
A lire d'urgence
Cages : la bible du BDphile, l'album de toutes les réponses, le livre de chevet phylosophique de tout être aimant la vie et ses complications, d'une manière ou d'une autre.
La grande force de cet album est en effet d'aborder de nombreux thèmes, et ce de manière très fine. Toutes les finesses du monde sont abordées, de manière plus ou moins concrètes : L'art (principalement) sous toutes ses formes, la mort, les relations humaines, la haine, l'attente, l'espoir, l'amour... toujours avec beaucoup de recul, sans vouloir donner de leçon ni être prétentieux.
Ne serait-ce que par la vision de l'art présentée par l'auteur dans cet album, "Cages" est à rapprocher de "L'artiste de la famille" de Larcenet : Bien que la forme soit très différente (le style est moins centré sur l'auteur dans Cages, le personnage principal étant un artiste de fiction), le fond, très fort, peut rappeler certains passages de l'album des rêveurs.
Mais c'est surtout dans la vision de la mort (et de la vie) très personnelle de Mc Kean que j'ai été touché. Le passage de l'absence du mari perdu depuis 5 ans est aussi très fort. Etrangement (ou plutôt logiquement !) il n'a pas touché d'autres lecteurs du tout : c'est une fois de plus la grande force de "Cages". Chacun sera sensible à différents passages, selon son histoire, son expérience, sa vie.
Et c'est ainsi que l'album vous parlera plus ou moins, seuls les véritables amateurs de patinage artistique n'ayant pas vibré à la lecture de cet album.
Graphiquement, c'est exquis : dessin maîtrisé en bichromie légère, ponctué par ci par là de planches très graphiques, colorées, permettant une introspection plus grande dans le récit. Mc Kean a été plus graphique encore dans d'autres albums, mais il privilégie ici la narration et s'en sort parfaitement. Certaines planches, complètement muettes, sont justement particulièrement parlantes...
Un livre culte.. une réelle réflexion qui mérite d'être lue.
Difficile de noter ou même de parler de Cages, ouvrage que j’hésite même à appeler « bande-dessiné », tant on est à des années-lumières de la production grand-public. Pendant 500 pages Dave McKean philosophe sur l’art, son rôle dans la société, sa difficulté, mais aussi sur l’amour, la vie, la mort, la religion…
Et le pire c’est que je n’ai jamais trouvé ça ennuyeux ou prétentieux. Certes certains passages sont un peu plus longuets que d’autres, mais l’ensemble reste très agréable à suivre, et certains chapitres m’ont, je pense, marqué à vie. Je pense par exemple au passage qui raconte la performance sur scène du musicien (« The angel ») le jour où il avait perdu un proche… ou la tirade d’un mari en colère et désespéré par le traumatisme religieux qu’a subi sa femme… ou encore la conversation finale sur la vie, la mort, et ce qui rend cette dernière supportable. Que de moments forts que je me vois relire régulièrement.
Quant au graphisme, il est tout simplement époustouflant. Si vous avez l’occasion de feuilleter Cages dans une boutique, vous découvrirez une variété de styles graphiques incroyable, du dessin en bichromie au dessin photo-réaliste, en passant par de la peinture couleur ou des pages de roman-photos. Le mélange est osé mais jamais indigeste, et l’ensemble est vraiment d’une incroyable beauté.
Une œuvre majeur de la BD (ou devrais-je dire de l’art en général), et que, même si je suis bien conscient que l’on perçoit tous une œuvre d’art différemment, vous vous devez d’avoir lu si vos papilles artistiques sont en manque d’émotions.
Ma résistance à la tentation d'abréger une lecture incompréhensible a des limites. Avec cet album, elles furent atteintes page 293. Certes, il y a beaucoup de choses intéressantes, des réflexions sur la création, Dieu ou le sens de la vie et de la mort ; un petit sondage dans le texte page 492 fut, à cet égard, sur le point de me faire reprendre ma lecture. Par ailleurs, les illustrations des premières pages, mêlant diverses techniques graphiques, obligeamment détaillées par l'auteur, sont absolument magnifiques. Mais non. Pourquoi, entre ces brillantes trouvailles faut-il que l'on se coltine aussi une vieille toquée qui fait passer les pigeons avant les humains, un duo à la mine patibulaire et aux motivations obscures ou une autre vieille toquée qui attend chaque soir le retour de son mari qui l'a quittée 5 ans plus tôt ?! Je ne vois pas en quoi cela sert le propos. Ajoutez à cela un dessin (à l'encre de chine ?) extrêmement fin, notamment dans le rendu des expressions des visages, mais qui ne m'a pas séduite, et vous obtenez 1 ou 2 heures de lecture fastidieuse d'une oeuvre certes ambitieuse mais aussi hermétique et bavarde. Moi qui suis en général sensible à l'art et toujours intéressée par une réflexion sur le thème de la création et du processus créatif, j'ai donc eu, au final, la désagréable impression d'être au fond d'une mine avec mon piolet et ma lampe frontale, à la recherche de quelques trop rares éclats de diamants.