Par ma notation, je reflète mon sentiment personnel sur cette BD et non pas un avis impartial et désintéressé.
"Maus" est bien foutu. On y apprend foules de choses sur l'horreur de la guerre pour les juifs et sur comment tout cela s'est passé. En cela, "Maus" est une oeuvre touchante et, au niveau historique, très intéressante.
Néanmoins, je n'ai pas accroché. Peut-être le thème est-il quelque chose que j'essaie de fuir, car j'en ai déjà trop entendu parler, peut-être les BDs biographiques ou historiques ne m'intéressent-elles pas plus que ça, peut-être n'avais-je pas envie de lire une histoire noire et trop réaliste puisque vraie... Quoiqu'il en soit, même si dans le monde de la BD, on se "doit" d'avoir lu et d'apprécier "Maus", je peux affirmer que je l'ai lu et que j'ai seulement moyennement apprécié. Je n'en garde pas un souvenir marquant et je me devais d'expliquer à ceux qui ne connaîtraient pas encore cette BD qu'ils n'étaient pas obligés de l'apprécier.
On m'a prêté cette BD en me la présentant comme un incontournable. En lisant les avis, ceux du premier volet notamment, je vois qu'il ne sont pas consensuels ; j'ai surtout retenu cette remarque à propos de la narration, qui a pu être ressentie comme une "énumération" de faits, la retranscription froide du récit du père.
J'ai d'abord éprouvé un certain malaise à propos de cette façon de faire, mais ça n'a pas duré longtemps, parce qu'il y a une raison, je pense, dans cette mise à distance, qui rend finalement le récit plus sensible. Je m'en suis rendue compte à mesure que je m'attachais au personnage de Vladek, incroyablement réaliste dans le récit cadre.
Cette façon de raconter avec un certain éloignement, c'est celle de Vladek et là où je me suis sentie touchée, ce n'est effectivement pas dans l'énumération des évènements elle-même, pas dans la chronologie, peu dans la trame générale, mais dans l'attachement du narrateur à expliquer certains détails matériels, aux astuces qu'il a trouvées, comment il s'est débrouillé, combien valait exactement telle chose.
S'il n'y jamais d'ellipse dans ces moments du récit, c'est parce qu'ils contiennent pour Vladek une grande charge émotionnelle. C'est dans sa sensibilité émotionnelle, mnésique que jaillit la nécessité de raconter les détails pratiques; en filigrane il faut lire l'émotion.
Maus ?.. c'est la vie de Vladek Spiegelman, un Juif rescapé des camps nazis, et de son fils -Art- qui est auteur de BD.
Cette vie va se dérouler en deux "saisons" ; celle des années 30 suivies des années 70.
Maus ?... Les Juifs y sont des souris ; les nazis des félins.
Mais ces "animaux", vous pouvez m'en croire, n'ont absolument rien à voir avec un quelconque univers faisant penser à celui de Walt Disney.
Cette oeuvre, fortement autobiographique, explore la vie de ces deux existences. Elle est d'ailleurs sous-titrée "un survivant raconte".
Le textuel ?... Intelligent, sensible.
Le graphisme ?... un dessin minimaliste -certes- mais fort novateur.
Une grande oeuvre, difficile d'accès pour moi qui suis plutôt des "30 glorieuses", mais que j'ai apprécié -doucement- plan par plan, page par page. Une oeuvre que je pense pouvoir qualifier "d'expérimentale" mais que chacun devrait posséder, ou du moins avoir lu.
Voilà un monument du 9ème art !
Je dois dire que j'ai été très surpris par cette BD. Non pas par le sujet, que tout le monde -j'espère- connaît, mais par le traitement. Car c'est bien là que se démarque Maus, par rapport à d'autres BD traitant de l'Holocauste. En effet, Art Spiegelman a décidé de retranscrire non seulement l'expérience extrême qu'a vécue son père dans les camps de la mort, mais également son échange et les conditions dans lesquelles cet échange a eu lieu, sur les vieux jours de Vladek. Ainsi nous avons une mise en miroir des deux époques, des conséquences non seulement physiques mais psychiques de l'emprisonnement à Auschwitz. Vladek en est revenu sauf, ainsi que son épouse Anja, mais celle-ci se suicidera quelques années plus tard. Vladek lui survivra une quinzaine d'années, se remariera, mais son esprit et ses humeurs seront irrémédiablement altérés. Ainsi, sa manie de mégoter sur le moindre bien donne parfois lieu à des scènes cocasses, bienvenues pour dégonfler la lourdeur du climat instillé par le sujet.
Le sujet lui-même. L'Holocauste. Difficile de réaliser un ouvrage sans tomber dans le sentimentalisme excessif, le larmoyant, l'apitoiement ou l'auto-satisfaction. Artie (je peux l'appeler Artie ?) évite tous ces écueils, grâce à une retranscription fidèle au témoignage de son père, une sincérité et une fraîcheur de propos qui rendent la lecture fort agréable. Le dessin est proprement incroyable, faussement naïf mais vraiment inoubliable. Le fait de dessiner tous les membres d'un même peuple sous les traits d'une race animale est un trait de génie.