Une très belle BD.
J’avoue que j’ai lu cet album avec un a priori un peu méfiant, tant le côté « auteurisant art & essai » de Futuropolis me fait un peu peur. Mais plus je lis des BD de cet éditeur, plus mes convictions s’émoussent.
"Abdallahi" est donc un récit sous forme initiatique, qui nous emmène sur les pas de René Caillié, qui décida en 1924 de devenir l’un des derniers grands défricheurs de territoires en Afrique. Si l’intrigue manque un peu de souffle, il faut reconnaître qu’elle ne manque pas d’ambition. Bien écrite, bien découpée, elle bénéficie en outre du dessin très inspiré de Jean-Denis Pendanx. Proche de la peinture, celui-ci nous permet de découvrir une autre Afrique, chaleureuse, riante, mais aussi dure, avec ses propres lois.
Ne vous fiez pas à sa couverture un peu austère, "Abdallahi" est probablement un futur classique.
René Caillé est le premier Français a être entré dans Tombouctou, la ville mythique. La cité y était interdite aux blancs et, surtout, aux infidèles.
C'est pourquoi René entreprit de se convertir, de s'intégrer dans une tribu de bédouins. C'est cette histoire, inspirée des carnets de ce "routard" du 19ème siècle, que les auteurs nous propoqsent.
Si certaines planches font penser à une sorte de "vie de Jésus", elles n'en possèdent pas moins une réelle chaleur, dues le plus souvent à la technique de coloriage qu'au désert.
L'album est soigné et très beau visuellement mais il soufftre de certaines lenteurs.
Une attraction langoureuse et puissante m'a poussé à acheter cette BD. La couverture et le nom m'ont hypnotisé par leur poésie, le style graphique est époustouflant de beauté. Il n'y a pas beaucoup à rajouter pour que vous deviniez que je suis tombé sous le charme de cet album.
Je ne reviendrai pas sur l'histoire qui est extrèmement bien présentée par Yvan dans son résumé et son avis. Je m'attarde sur toutes les émotions et pensées qui m'ont assaillies à la lecture d'"Abdallahi".
Les dessins sont autant d'invitations aux rêveries tant le style apparaît parfois comme onirique. On vit le récit à travers l'ambiance chaude de l'Afrique, parfois étouffante, parfois floue, oscillant entre ombres et clartés mais toujours splendide.
Ce dessin magnifique contraste souvent avec la violence des propos et des situations. Le contexte historique nous renvoie à la colonisation et à l'esclavage avec ses épisodes honteux, ceux où les blancs et les maures ont marqué à jamais l'histoire du peuple noir en l'asservissant.
Ce récit autobiographique relate les mentalités de l'époque: les peurs inspirées par l'étranger, la méconnaissance des coutumes de l'autre cristallisent les comportements autour de la violence. Rappelons nous qu'aujourd'hui encore il reste un long chemin à parcourir dans l'inconscient collectif dans ce domaine...
Le discours n'en oublie pas d'être léger de temps à autres, de véhiculer des valeurs de bonté et de partage. Cette incursion dans les terres africaines révèlent les richesses humaines et naturelles de ce continent.
Merci pour cette immersion dans un périple riche en réflexion et qui procure un sentiment d'évasion auquel j'avais rarement goutté dans une BD réaliste.