Cet album, contrairement à Spooky, m'a vraiment bouleversé. J'y ai trouvé du Battaglia, plus que du vieux Rosinski. J'y ai trouvé des sortes de cassures fort surprenantes, un peu comme dans le film "cours, Lola, cours, ...". J'y ai trouvé une atmosphère étrange, à la fois malsaine et drôle. Bref, j'y ai trouvé du génie.
Après avoir lu des critiques horribles sur ce titre, je ne peux m'empêcher de vous livrer mon avis. Achtung Zelig est probablement ce que j'ai lu de plus intelligent sur la déportation juive depuis le "Maus" de Spiegelman. Il y a plusieurs niveaux de lecture dans Achtung Zelig et il est bien dommage que ceux qui ne porte attention qu'au premier niveau soient les seuls à émettre un jugement de valeur sur cette oeuvre.
Achtung Zelig casse tous les clichés et les histoires sans cesse rabachées sur la déportation. Les auteurs ont osé, tant par la qualité littéraire du scénario que par le graphisme subtil, nous plonger dans un univers fantastique qui rend à merveille l'absurdité et l'abomination de la solution finale.
Certes, il dérange : on s'attacherait presque à ce nabot nazi, ancien clown reconvertit en magicien-pisteur, déportant chats, jars, juifs et juments ... affublé d'un chapeau pointu orné de croix gammées. Nous voilà le nez dans la vérité brute, nazis et collaborationnistes sont avant tout des hommes. C'est en cela que la vérité est difficile à digérer car cela nous renvoie à la question : qu'aurions-nous fait à cette époque ?
Images et métaphores sont nombreuses. Le brouillard où évoluent nos deux protagonistes est à prendre au sens propre comme au figuré, il est l'illustration du mensonge, de la théorie fumeuse nazie broyant les hommes : "Il suffit que le brouillard se dissipe et voilà qu'il est trop tard pour faire demi-tour ..."
Je ne parlerais pas des trouvailles graphiques de Gawronkiewicz tant elles sont nombreuses (et intelligentes). Achtung Zelig est une révolution de genre et une espérance nouvelle dans le devenir de la bande dessinée, qui ne prend pas son lecteur pour un débile à qui il faut une histoire prémâchée et simpliste ... Merci messieurs Rosenberg et Gawronkiecz ... au plaisir de vous relire, n'en déplaise à vos (trop) nombreux détracteurs.