Un poil en dessous des tomes précédents, ce Tintin. On sort du diptyque "les sept boules de cristal" et "le temple du soleil", ce qui explique que cet album apparaît un ton en dessous. Il n'en reste pas moins que cet album reste un classique du genre, dont bon nombre de vignettes font partie de la mémoire collective, notamment celles représentant les Dupondt en maillots de bain ou subissant des altérations physiques suite à l'ingestion d'aspirine.
L'histoire est un peu décousue, on a du mal à faire le lien entre le méchant docteur Müller et les renégats qui veulent défaire l'émir en place. C'est un peu compliqué aussi : toute l'histoire reposerait sur des sociétés pétrolifères rivales qui tenteraient de s'emparer des puits de pétrole...
Le pouvoir comique est toujours assuré par les Dupondt, qui se révèlent utiles dans cet album, notamment pour sauver Tintin. La présentation du petit Abdallah est aussi effectuée dans cet album. Je n'aime pas trop ce personnage qui me semble-t-il, est trop caricatural...
On voit bien que cet album a été commencé avant les précédents et peut-être ceci explique une légère carence dans le scénario ainsi que la "reprise" de gags déjà utilisés dans "le crabe au pinces d'or", et notamment la répétition à outrance des mirages.
Cet album a subi maintes retouches : l’histoire a débuté dans le Petit vingtième, mais n’a pas survécu au début de la guerre. Ceci explique le côté très inquiétant du début de l’album, où l’on sent la menace de la guerre planer sur le pays. Sauf que nuance importante, cette histoire évoquait les problèmes liés au pétrole, or la Seconde Guerre mondiale a éclaté en raison d’autres critères. Ceci explique aussi pourquoi la capitaine Haddock est pratiquement absent du récit (celui-ci réapparaît, d’ailleurs, à la fin du récit grâce à une excellente trouvaille scénaristique), de même que Tournesol. Ceux-ci ont été incorporés à l’histoire après la guerre, lors de la parution dans le journal Tintin. Au contraire, on notera l’importance des Dupondt qui effectuent ici une sorte de baroud d’honneur. Leur place ne sera plus si importante dans les albums suivants.
Autre changement, le contexte politique sera effacé lors de la dernière parution de l’album en 1971. On n’évoquera plus les problèmes de l’occupation anglaise en Palestine, ou le terrorisme juif.
L’histoire est donc devenue plus neutre au fil des parutions. Elle n’en a pas moins gardé un côté visionnaire, l’importance du pétrole dans les relations internationales. On retrouve, d’ailleurs, le méchant de service, le docteur Muller, déjà présent dans l’île noire, où il voulait inonder la Grande-Bretagne de fausse monnaie pour la neutraliser.
Hergé transpose ici le conflit entre deux rivaux politiques qu’il avait déjà imaginé pour la république du San Théodoros entre Tapioca et Alcazar. Cette fois, il s’agit d’une lutte sans merci entre l’Emir Ben Kalish Ezab et le rebelle Bab El Ehr. On retrouve avec plaisir le senhor De Oliveira, allié fidèle mais toujours aussi bonimenteur. Mais l’invention la plus originale d’Hergé est le fils de l’Emir : Abdallah, le pire garnement de l’histoire de la bd. Hergé avait jusqu’à présent choisi des enfants plutôt sages et disciplinés, du style Tchang ou Zorrino, ici, il se lâche.
Un bon album, mais qui souffre à mon avis de la quasi-absence de personnages comme Haddock ou Tournesol qui sont devenus incontournables dans l’œuvre d’Hergé.
Encore un album que j’apprécie. Celui-ci est assez particulier car il aurait dut suivre le Sceptre d’Ottokar, mais les événements de la seconde guerre mondiale ont interrompu la parution. Hergé la reprend une fois ces « récits de neutralité » achevés. Il doit l’adapter aux personnages nouveaux (Haddock et Tournesol) ce qui explique leur quasi absence. Personnellement leur absence ne me gène pas. A la limite, on aurait vu Haddock que sur une case de la page 3 où il explique son absence, je n’aurais pas crié au scandale. Mais bon je l’ai lu bien des années après sa parution, donc je savais que Haddock et Tournesol reviendraient dans les suivants.
Pour ce qui est du scénario, celui-ci a du aussi changer. Il ne parle plus des problème anglais en Palestine, mais de la rivalité avec Israël. Le thème de l’essence sabotée est lui toujours là. On assiste au retour de certains personnages (Olivera da Figuera et le docteur Muller). Certains n’apprécient pas le retour de Müller criant au manque d’imagination, mais qu’auraient ils dis si l’album était paru après le Sceptre d’Ottokar, soit deux albums après L’île noire.
Hergé invente deux nouveaux persos que sont l’émir et son fils Abdallah. celui-ci se remarque par son caractère insupportable et on serait plus tenté d’agir comme le capitaine que comme Tintin (quoique celui-ci lui mettra quand même une fessée) qui pardonne plus l’enfant.
Pour moi un excellent album. J’ai d’ailleurs lu que certains amateurs vendaient la version inachevée, en noir et blanc, de la version de 1939. Voici un album que j’aimerais bien trouver.
Bon, je le dis pour commencer: ce n'est pas le meilleur des Tintins.
Mais c'est un "Tintin", alors il faut le prendre en compte.
1950, rendez-vous compte, plus d'un demi siècle écoulé depuis la création de ce tome, ça pose le décor, ça mérite un respect fou, non ? Et l'album n'est pas si daté que ça, ce n'est pas la nature de mes reproches.
Je continue sur l'époque, d'ailleurs. J'ai lu le fac-similé de l'édition originale (où l'histoire se situe avant la création de l'état d'Israël), et donc j'ai eu droit à l'arrestation de Tintin par les marins britanniques.
J'ai comparé avec la version révisée, plus récente, et il y a de nettes différences (3 ou 4 pages changent du tout au tout). Ce n'est plus alors une lutte d'états, mais un combat de sociétés pétrolières. Je garde une petite préférence pour la version originale (que je n'avais jamais lue avant), aux dessins moins forcés, au récit plus vraisemblable.
Bon, je vous ai donné l'intérêt majeur du livre car sinon c'est assez simple avec des ambitions croisées, de l'espionnage, un enlèvement.
Et puis, moi, je dois dire qu'Abdallah, le fils de l'émir, me tape franchement sur les nerfs, de même que l'attitude béate de son paternel.
D'accord, la séance ou Dupond (t ?) descend de la jeep en marche reste comme un moment d'anthologie de la série, de même lorsque les deux policiers tournent en rond dans le désert se fiant à leurs propres traces.
Mais Haddock ne sert presque à rien et sa présence en fin semble artificielle (malgré tout Hergé choisit de renoncer à l'expliquer et s'en sort merveilleusement avec un excellent gag) et Müller sort d'on ne sait trop où.
Un Tintin documentaire, exotique, mais un peu figé, sans grande trouvaille de scénario.
Heureusement, il y a le dépaysement.
Peut-être est-ce parce que c'est un one-shot situé entre des dyptiques (il fait suite au duo "Les 7 boules de cristal"/"Le temple du soleil" et précède "Objectif Lune"/"On a marché sur la Lune") et que l'intrigue y est moins ambitieuse.
Peut-être est-ce aussi le fait d'un scénario qui paraît décousu, répétitif (le gag du mirage est repris jusqu'à plus soif !), redondant dans la série. La réutilisation d'un des méchants apparus dans "L'île noire" est-elle un aveu du manque d'inspiration de l'auteur ? En tout cas, l'album paraît bien terne par rapport à ceux qu'Hergé a commis avant et qu'il saura faire ensuite. Et le personnage d'Abdallah, tout à fait insupportable, n'arrange rien à l'affaire.
Il reste un trait irréprochable qui a marqué le monde de la bande dessinée et une lecture pas si désagréable dans l'ensemble. Mais franchement, je placerais "Tintin au pays de l'or noir" à la traîne dans un classement des albums de la série.
Curieux album...
Hergé en avait déjà dessiné 28 planches en 1939 mais s'était attelé à une autre tâche. Il y revient en 1948. L'hebdomadaire Tintin a été créé. Le début de l'histoire est remanié. Cette dernière est prépubliée dans le Tintin hebdo du 16 Septembre 1948.
Dans cette nouvelle mouture, il tient compte des arrivées de Tournesol, de Haddock, de Moulinsart. Dans cet épisode apparaissent respectivement le cheik Bab El Ehr ( qui, en patois bruxellois, se traduit par "bavard" -Babeleer-), le puissant émir Ben Kalish Ezab (dont le patois bruxellois "kalische zap" veut dire "jus de réglisse") et le petit poison Abdallah. Pour ce personnage, Hergé s'est inspiré d'une photo du petit Fayçal II d'Irak (qui, plus tard, deviendra réellement le roi Fayçal d'Arabie).
Comme pour L'Ile Noire, cet album aura trois versions : la première, de 1939, inachevée ; celle de 1948 ainsi qu'une nouvelle en 1971. Cette nouvelle version est faite -encore- à la demande de l'éditeur londonien qui trouve que le contexte international de l'aventure -la Palestine sous mandat britannique et les groupes terroristes juifs- est trop daté.
Dès 1971, vous ne trouverez donc plus l'arrestation de Tintin par les soldats de la Royal Navy. Fini aussi l'enlèvement de Tintin par les membres de l'Irgoun ainsi que l'apparition du commandant Thorpe.
Cette refonte de 1971 édulcore tout le contexte de tension internationale dans le Moyen-Orient des années 1948 à l'heure de la création de l'Etat d'Israël. C'est un peu dommage, il est vrai, mais c'est ausi ce qui fait l'intérêt des aventures de Tintin pour les puristes (et il y en a !).