Dans ce one-shot, Cyril Pedrosa, auquel on doit "Ring Circus", "Shaolin Moussaka", "Trois Ombres" et "Auto-bio", évoque la solitude d’un jeune homme timide qui décide de s’émanciper de l’emprise maternelle qui l’étouffe. Souhaitant envoyer valdinguer le quotidien qui le déprime, Jean-Paul décide de se lancer dans une croisière pour célibataires en mal de rencontre.
Pedrosa évoque ainsi le thème de l’individualisme galopant des sociétés occidentales de ce début de millénaire, qui s’accompagne d’un nombre gigantesque de célibataires n’assumant pas nécessairement leur condition. A l’heure où le speed dating ne paraît plus consternant, dans un contexte social où chacun se replie de plus en plus sur univers toujours plus restreint et déshumanisé, l’auteur choisit un personnage qui se coule dans le moule jusqu’au ridicule (toute la partie sur la croisière est assez terrifiante !).
L’ensemble se lit bien et pourrait faire penser aux œuvres de Dupuy et Berberian ou de tous ceux qu’ils ont inspiré. Cependant on regrette que Pedrosa n’aille pas vraiment au bout de sa démarche : il sous –exploite son sujet, peut-être à cause d’un personnage principal trop mou pour critiquer l’absurdité de ce qu’il vit. Dans "Auto-bio", Pedrosa paraît coller davantage à son époque et dénonce mieux les travers de ses contemporains (c’est-à-dire vous et moi…).
La lecture reste un assez bon moment mais l’album n’est pas vraiment marquant. Dans un genre assez proche, j’ai préféré la trilogie de « L’année du dragon », par exemple. A vous de vous faire une opinion… et pensez à venir l’écrire sur coinbd !
Par le biais de cet album, Pedrosa nous démontre qu'il est un auteur complet : aussi à l'aise au dessin (son trait est tout de même assez incroyable et personnel, dans son genre) qu'au story-board, en passant par une narration de qualité et un scénario plutôt bon.
"Les coeurs Solitaires", c'est un peu le pétage de plombs de Jean-Paul dont la vie de célibataire est morne et dirigée par sa mère qui dirige sa vie et l'entreprise dans laquelle lui-même travaille. L'histoire est très fine et le scénario assez personnel, intime, très loin de la grosse production BD que nous connaissons actuellement. Rafraichissant, cet album sait être critique quant à notre société qui devient, jour après jour, de plus en plus individualiste.
Le dessin de Pedrosa a encore fait mouche. Certes, on regrettera sa couleur directe qui nous avait éblouie dans "Ring Circus", mais tout de même... quel beau trait. J'adore, vraiment.
Album très chouette, donc, de cette collection Expresso qui n'en fini pas de me surprendre.
Jean-Paul se voyait designer ; il passe ses journées à dessiner des petites voitures en bois pour une société familiale de l'est de la France.
Ses collègues, ses copains, tous les gens qui le connaissent adorent le chambrer. Il est si maladroit, si discret... C'est un timide, un gentil fils à maman.
Mais il n'en peut plus. Des pauses déjeuner avec les collègues dans le même troquet, de sa mère qui le couvre jusqu'au harcèlement...
Alors que toute sa boîte l'attend sur le terrain de foot de la commune -il est nul en foot- pour affronter une autre équipe, Jean-Paul disparaît.
Il monte sur le premier bateau de croisière. La liberté ? Pas sûr : quand on a le coeur célibataire, il faut plus qu'un cocktail, une disco et quelques donzelles défraîchies pour augmenter son rythme cardiaque...
Pedrosa nous offre une chronique estivale amère, lucide, sans complaisance mais drôle. Les adeptes des croisières n'y verront que du feu. Les autres boiront du petit lait en riant bien de ce petit monde.