Je gardais un souvenir passionné de ce tome, avec des passages évidents, des antiennes profondément ancrées.
Le coup du sabre, le fakir sur le sofa, Tintin caché dans le vase au Lotus Bleu, les Dupondts en costume local: des traces lointaines de mon passé.
Mais je trouve que le livre est un peu daté, et un peu voilé: il m'a semblé un peu artificiel, avec des enchainements parachutés, voire improbables au possible (le coup de la TSF qui suit, plusieurs sauvetages plus que miraculeux- le remplacement du poison, allons!).
Mais les personnages restent attachants, et c'est de l'aventure grand cru.
(parfois, comme lors du repêchage de Chang, c'est même de l'aventure grande crue).
Je n'oublie non plus d'où vient ce tome, sorti d'un autre siècle, issu de 1936, en passant par 1946 pour la mise en couleur.
Et sa lecture reste un must de la BD, du feu sacré.
Alors, Monsieur Hergé, je me dis que vous aviez quand même bien du talent...
Suite (indirect) de l’album précédent, mais qui peut être lu sans avoir lu ce dernier, Le lotus bleu poursuit les aventures de Tintin en Asie. On retrouve donc notre héros où on l’avait laissé (c’est à dire en Inde), mais il a vite fait de se rendre en Chine.
Cet album est le premier pour lequel Hergé s’est véritablement documenté sur le pays dans lequel il envoie son reporter (avant on avait plus une accumulation de clichés). Pour cela, il établira une correspondance avec un jeune chinois Tchang Tchong Jen. L’entente entre les deux hommes sera t’elle que Hergé l’introduira dans le récit.
Ce récit est d’ailleurs fortement historique et le reflet de son époque, ne serait ce que par la présence de la concession internationale dans Shanghai. Cet album évoque aussi l’attaque de la Chine par le Japon. Hergé prend alors le contre-pied en attaquant le Japon (responsable de l’attaque) et dénonce une SDN impuissante. Il s’oppose donc aux occidentaux qui en cette période trouble essaye de se mettre bien avec le Japon. (Hergé sera critiqué par son audace, et c’est cela qui par la suite le forcera à inventer des pays imaginaires pour aborder les problèmes contemporains).
L’histoire poursuit celle des Cigares du pharaon. Tintin doit de nouveau lutter contre des trafiquants de drogue, et le poison qui rend fou refait son apparition. Le lotus bleu possède quand même une histoire propre et ne se contente pas d’être juste une suite. Elle complète cependant très bien son prédécesseur. A noter d’ailleurs que c’est un des seuls albums (avec Tintin au Tibet) où l’on voit notre héros pleurer.
Sa refonte en couleur se fera avant les cigares du pharaon, mais Hergé refera les quatre première pages dans le même que Les cigares du pharaon pour ne pas trop perturber les lecteurs.
On a donc un très bon album, bien documenté et qui n’est pas qu’une simple suite.
Le Lotus bleu est de l’avis de tous les « tintinophiles » l’un des meilleurs albums, voire le chef d’œuvre d’Hergé. Et je suis de cet avis, même si j’aime aussi certains albums plus récents.
Hergé réussit pour la première fois à livrer un scénario construit. Les premiers albums « Tintin au Congo », « au pays des Soviets », ou « en Amérique » étaient surtout des aventures où Tintin était confronté à des péripéties rocambolesques. L’album « Les cigares du pharaon » souffrait lui d’un manque flagrant de cohérence scénaristique. On sentait qu’Hergé travaillait au jour le jour livrant ses planches semaine après semaine, sans vraiment savoir où il allait.
Cette fois, Hergé sait parfaitement où il va. De plus, il se documente très précisément sur la Chine, grâce à son ami Tchang (étudiant chinois en Belgique). Cela évite les caricatures des albums précédents.
Cette aventure de Tintin rejoint aussi la grande histoire, car on y retrouve une situation très précise et réaliste. La Chine est victime de l’occupation japonaise, déclenchée par le faux attentat sur une ligne de chemin de fer. La présence des Européens dans la concession internationale est également décrite précisément avec le personnage trouble de Dawson, chef de la police. La corruption est mise en avant.
Chose surprenante, Hergé prend le parti des Chinois, dans leur lutte face aux Japonais ou même aux Européens. Hergé va donc à contre-courant puisque la presse catholique de l’époque était plutôt favorable aux Japonais.
Cet album est important aussi pour la présence de certains personnages Rastapopoulos (déjà présent dans les cigares) qui deviendra un des principaux rivaux du jeune reporter ; mais aussi Tchang, ce jeune Chinois qui réapparaîtra dans l’album « Tintin au Tibet ».
"Le lotus bleu" peut se lire de manière indépendante mais il est la suite de l'album "Les cigares du pharaon". C'est la première fois qu'Hergé se lance dans un dyptique et cela lui donnera des idées pour la suite ("Le secret de la Licorne" ou "Objectif Lune" seront achevés dans l'album qui les suivra respectivement).
C'est un classique de la série et de la BD en général. Des librairies consacrées à la bande dessinée portent le nom de cet album ! Il faut dire que l'ambiance est assez réussie, qu'il y a plusieurs personnages marquants (le fameux Tchang, célèbre parmi les Tintinophiles, mais aussi Didi le fou qui veut trouver la voie en décapitant son prochain, les Dupond-Dupont ou encore Rastapopoulos) et que graphiquement, tout ce qui a fait le succès de Tintin à travers le monde est déjà présent.
Le racisme ordinaire de Tintin (et derrière, celui de son créateur) qui gène tant les lecteurs actuels de "Tintin au Congo" est ici totalement gommé. Au contraire, Tintin s'oppose à un Européen qui maltraite un Asiatique ("Sale Chink ! Tu as osé bousculer un Blanc !") et jamais Tintin ne fait la moindre remarque désobligeante sur les autochtones. Et dans sa conversation avec Tchang, Tintin rit des préjugés qu'ont les Européens sur la Chine...
Hergé a donc su rendre son personnage plus sympathique et plus proche de l'archétype du héros irréprochable auquel on s'identifie facilement. Si vous n'avez jamais lu ce "Lotus bleu", vous devez impérativement corriger cet oubli car c'est un classique du neuvième art.
Fin des aventures de Tintin en Orient. Cet album est essentiel pour Hergé. Dès cet opus, il se montre plus prudent avec les pays qu'il décrit. Il évite ici les stéréotypes de l'époque : les doigts crochus des chinois, les nids d'hirondelles aux repas.
C'est par l'entremise d'un abbé, aumônier des étudiants chinois à Louvain, qu'il va rencontrer un certain Tchang Tchong-Jen. Tchang est étudiant aux Beaux-Arts. Une solide amitié va naître entre eux.
L'album ?... Tintin enquête sur des trafiquants d'opium à la tête desquels règne sans partage l'affreux Mitsuhirato. Nous sommes en plein conflit sino-japonais (l'histoire est dessinée en 1934). Après moultes péripéties, Tintin va découvir que l'organisation de Mitsuhirato rayonne à partir d'une fumerie d'opium de nom Le Lotus Bleu. Cette dénomination a déjà été utilisée. En 1932, dans Shangaï Express, film de Von Sternberg, la fabuleuse Marlène Dietrich fréquente cet établissement.
C'est dans cet album que naît, pour les spécialistes de Hergé, la fameuse "ligne claire".
L'édition originale est éditée en 1936. Elle est en noir et blanc. Ce n'est qu'à partir de 1946, après plusieurs rééditions monochromes, que les pages seront colorisées.
Fin du premier dyptique des aventures de "Tintin" ...
Là, ça y'est ... Hergé commence vraiment à nous faire voyager , et le dépaysement est total ...
Le contexte colonialiste est toujours présent, mais l'optique a changé : Tintin ne fait plus partie intégrante de cette mentalité, il en est à l'extérieur et la subit même !
Du coup, j'ai moins de mal à m'attacher à lui que dans les albums précédents.
Le scénario est très bon et tout se passe sans temps mort : certes, l'histoire est simple mais efficace. C'est aussi l'occasion de se documenter sur les tensions sino-japonaises de l'époque.
Le dessin aussi est plus beau ...
Comme Lao-Tzeu l'a dit, il faut trouver la voie ... celle ci est ouverte et va encore durer une vingtaine d'albums ! cool !!!!!