Finalement, l'histoire n'est pas aussi noire qu'on pourrait le craindre.
Les auteurs ont réalisé un beau travail de mise en place du scénario, et on suit l'héroïne avec intérêt, on voudrait presque être à ses côtés.
Ils ont réussi à nous rendre les situations bien vivantes, et vu le sujet, ce n'était pas évident.
Les mécanismes sectaires sont bien expliqués, exposés longuement et précisément, et on se prend au jeu, comme si soi-même on était embrigadé.
J'ai bien aimé le dessin, dépouillé, simple, un peu à la façon de Michel Rabagliati.
Le choix du bleu pour accompagner le noir et blanc est plus étrange, il reste présent tout au long du livre. Mais, ce pari osé du bleu, finalement, est plutôt gagné sur le plan esthétique, car si elles ne sont pas forcément réalistes, les illustrations sont artistiquement réussies.
Je conseille donc ce livre, un peu documentaire, et pas du tout ennuyeux, témoignage d'un danger fort.
Bon, autant le dire, même si ça saute aux yeux, l’argument majeur de cet album n’est certainement pas son dessin, que je qualifierai de minimaliste.
Non, l’enjeu de cette BD se situe du côté de son scénario, qui met en scène le témoignage d’une ex-adepte de la scientologie, qui a réussi a s’en sortir, non sans dommages, tant psychologiques que pécuniaires. Le récit se lit d’un trait, on ne ennuie à aucun moment. Par contre, on est un peu surpris de la naïveté de “l’héroïne”, qui accepte sans broncher, pendant plusieurs mois, un embrigadement et un mode de vie façon bataillon disciplinaire. Est-ce dû à son tempérament de battante qui fonce dans le tas sans se poser de questions, à son histoire qui la laisse désemparée face à ce qui lui arrive, ou bien est-ce uniquement une démonstration de la redoutable efficacité des méthodes d’embrigadement employées par les sectes ? Nous ne le saurons pas, ce qui doit nous inciter à la vigilance à l’égard de tous les mouvements pseudo-spirituels qui pratiquent la manipulation mentale et l’extorsion d’argent, parfois sous couvert de développement personnel ou de coaching.
A ce titre, l’histoire est édifiante, et le propos accablant pour la secte, qui, soit dit en passant, a toujours pignon sur rue. Ce qui renforce la crédibilité du message, c’est la préface et la post-face de l’UNADFI. En bref, l’intérêt que cet album peut susciter est essentiellement documentaire.
Dans la secte se situe entre pédagogie (sans pour autant user d'un ton démagogue) et prévention.
Force est de souligner à quel point le témoignage de Marion nous éclaire sur les manoeuvres et les techniques de recrutement des sectes : profiter d'une faille, d'une faiblesse pour s'infiltrer doucement mais sûrement dans l'esprit de la victime... C'est au final aussi dévastateur qu'un virus, et le traumatisme est profondément ancré !
Outre la narration parfaitement rythmée, laquelle s'appuie sur l'expérience de Marion et ses sentiments, l'album est construit autour d'un dessin simple et épuré, contemporain donc actuel, mais surtout à la portée de tous, petits ou grands. Dès lors l'album devient compréhensible par chacun. La grâvité du témoignage de Marion est quant à elle très bien retranscrite par l'utilisation d'un camaïeu de bleu sur l'ensemble des planches : couleur froide par excellence, elle retranscrit parfaitement l'univers de la secte et sa volonté de d'anihiler chacun de ses membres en leur retirant toute volonté et émotion afin de mieux les aliéner... tout simplement effroyable !
A lire afin de comprendre le mécanisme de lavage de cerveau de la bien trop fameuse église de scientologie...