Non !
Je veux bien croire que le quotidien d’un médecin hospitalier soit souvent assez terrible, et qu’il lui soit presque vital, pour le supporter, de se forger un blindage fait de cynisme et d’humour bien lourdingue, mais était-ce bien nécessaire de nous jeter tout ça au visage ?
C’est bien simple, après avoir péniblement supporté les premières, j’ai fini par zapper les têtes de chapitre où l’auteur nous inflige sa tournée des patients. J’étais au bord de la nausée.
Et après, on voudrait nous émouvoir ? Gagner notre compréhension ? Hé bien non, pas avec moi !
Le dessin ? J’aime beaucoup la couverture.
Dans ce roman graphique, tout commence et se termine aux alentours du réveillon.
A charge pour le narrateur de faire le tour des patients et de leur transmettre ses voeux de prompt rétablissement. Des patients ?... ben oui, en cancérologie au CHU de Lyon.
Entre ces visites de chambres forcément peu évidentes, le docteur lève le voile sur quelques petits secrets d'alcôve propres à la profession.
En six récits noir et blanc aussi durs que poétiques, aussi injustes que cocasses, il raconte comment les chirurgiens se façonnent une carapace pour résister au stress et à l'ineffable ; à quoi s'apparentent certains bizutages dans le bloc opératoire ; ou comment débarquent les pantoufles -dernières chaussures du cancéreux...
Une BD à lire quand aucun de vos proches n'est gravement malade. Ou, au contraire, à lire quand tout va mal.
Parce que, tout bien réfléchi, il vaut peut-être mieux rire jaune que ne plus rire du tout !...
Mon cousin est infirmier et je viens de lui acheter cette BD pour Noël dans l'espoir que ça lui plaise. Mais bien sûr, avant de lui offrir, je l'ai lue. Eh ben, ça ne va pas être un cadeau de Noël très gai...
Côté dessin, pas grand chose à dire. Le style est proche du croquis, pas moche mais pas grand chose à en dire.
C'est surtout le récit qui est marquant. Enfin les récits, puisque cet album est une suite d'histoires courtes dont le narrateur est différent à chaque fois. Ca parle de la dureté du métier de médecin, ou plutôt de la vie dans la peau d'un médecin quand on accompagne des patients qui ont peu de chances de s'en sortir. Ca parle des mensonges qu'on est obligé de dire, de la carapace de vulgarité que les internes se créent, de l'absurdité de certaines vies qui ne mènent à rien d'autre qu'à une salle d'opération, de certains patients qui préfèreraient être déjà morts... C'est dur mais c'est traité avec une franchise qui fait passer le message.
J'ai été assez intéressé par ma lecture et j'ai ressenti certaines émotions (notamment lors du passage poétique en salle d'opération quand le chirurgien "ôte sa carapace" ou lorsque le narrateur imagine ce que ça puisse être d'enterrer sa fille). Mais je n'aime pas vraiment lire des histoires aussi dures et véridiques. C'est un choix d'apprécier ce genre de lecture et moi je lis plus pour le plaisir et l'évasion, pas pour ressentir la dureté et une certaine noirceur du monde, même quand celle-ci est abordée avec franchise, avec une certaine distanciation et aussi avec un certain cynisme.
Bref, une BD bien faite qui pourra sans doute intéresser mon cousin infirmier même si je m'excuserai en lui offrant de lui faire un cadeau qui ne soit pas vraiment gai.
D'abord, l'environnement de cette BD est aussi surprenant qu'inhabituel : l'hôpital. Ensuite, le héros, ou plutôt l'anti-héros, un interne en médecine, le jour de Noël en fil rouge. Enfin, le décalage souvent choisi par l'auteur entre le texte et le dessin. C'est décoiffant, triste, émouvant, drôle et toujours juste.
Tout au long de ces histoires, de malades, de vie et de mort, on respire l'humanité dans tous ses états.
On sait de quoi C. Masson parle et il nous le dit toujours avec un ton juste et fort. On en redemande.
Cet ouvrage aurait pu s'appeler 'l'Envers du décors" et il y a fort à parier que Masson ne va pas se faire que des amis dans sa profession.
Véritable exutoire ce second opus de Masson lui permet de régler ses comptes et déchirer le voile souvent opaque qui entoure sa profession longtemps portée aux nues et aujourd'hui au centre de bien des polémiques.
Oui les médecins sont des hommes avec leurs défauts et travers, oui cette profession "bouffe" celui qui la pratique, oui cette profession peut vous faire choper "le melon" et vous faire croire l'égal d'un Dieu mais au final c'est avant tout une profession de foi, à savoir sauver des vies ou "aider" à la finir dans la dignité.
Un lecteur peu attentif pourrait croire cet auteur empreint de cynisme ou encore frustré et vomissant sa bile mais au final il aurait tort, c'est surtout un cri d'amour. Chapeau Monsieur Masson.
Pour le reste, la progression graphique par rapport à "Soupe Froide" est nette de même que l'histoire est mieux maîtrisée, on sent que le métier est là et cet ouvrage fait entrer Masson de plein pied dans le cercle des "auteurs de Bd" avec qui il faudra compter dans les années à venir.