Dernier tome de la tétralogie "Ibicus", avec un Pascal Rabaté toujours aussi inspiré par le roman d'Alexis Tolstoï qu'il a découvert par hasard et qu'il a décidé d'adapter en bande dessinée, exhumant du même coup un auteur russe totalement oublié (je rappelle que ce Tolstoi-là n'est pas l'auteur de "Guerre et paix" !).
"Ibicus" est magistral par son dessin. Les centaines de planches réalisées par Rabaté sont du miel pour les yeux. Entièrement au lavis, elles instaurent une ambiance qui englobe pleinement le lecteur, tant dans les décors que par les visages et les attitudes des personnages. Un sans-faute graphique !
L'histoire est toujours aussi prenante, et ce d'autant plus qu'on sait qu'elle va trouver sa conslusion. Commençons d'ailleurs par la fin : la dernière page est celle du roman, où Alexis Tolstoï s'adresse directement au lecteur. Ce qu'il dit est d'une justesse troublante, en particulier les premiers mots qui étaient justement à l'esprit de votre serviteur quand il a lu cette page ! Rabaté ajoute un simple "pas mieux" dont on lui sait gré : bel hommage que de laisser la parole à l'auteur pour finir.
Le récit reprend évidemment où le troisième album l'avait laissé. Siméon se retrouve en terre inconnue mais avec une pression sur les épaules qui le pousse à devenir une marionnette assassine. C'est de nouveau l'occasion de belles scènes, profondes et terribles, débordantes d'humanité sous ses formes les plus diverses (y compris lesplus abjectes !). Le personnage de Nevzorof est définitivement très attachant, alors qu'il est bourré de défauts, et Rabaté a su en faire l'une des figures marquantes de la bande dessinée de ces dix dernières années.
C'est définitivement une excellente bande dessinée, à découvrir d'urgence si ce n'est pas déjà fait !
Ce tome 4 boucle de la meilleure façon qui soit cette très belle série qu'est "Ibicus".
Tolstoï fait ressurgir une dernière fois les fantômes du passé, sous les traits du malin Rtichtchev, et de la jeune femme que Siméon aide un soir, sur les quais... Elle ressemble un peu à Alloutchka, l'amour trop tôt disparu du héros...
Rabaté montre encore une fois une belle maîtrise du récit, du découpage -parfois cinématographique, parfois carrément figé-, mais aussi quelques belles prédispositions à faire varier ses cadrages, ses jeux de lumière... Pour une BD en noir et blanc, c'est un véritable exploit.
Son adaptation de l'oeuvre de Tolstoï est magistrale presque de bout en bout, et nous permet d'apprécier à sa juste valeur une oeuvre intemporelle.
Destination finale pour le destin de Siméon Nevzorof et clôture magistrale de ce petit chef-d’œuvre du neuvième art.
C’est en Turquie que se termine le voyage plein de péripéties, d’arnaques, de violence, de misère, de sexe et de drogue de notre pseudo comte Siméon Nevzorof. Et quel voyage ! Le voyage d’un anti-héros qui va forcer son destin en période de révolution russe, synonyme de misère et de cruauté, en exploitant toutes les bassesses du genre humain.
Le dessin noir et blanc reste magistral et en harmonie avec l’ambiance malsaine du récit. Quant à la fin de l’histoire, elle est sublime, grandiose, ironique, voir dérisoire, mais bien à l’image de ce cafard de Siméon qui a proliféré lâchement sur la misère de la guerre et qui a su chaque fois tirer son épingle du jeu. Mais, peut-on reprocher quoi que ce soit à cet homme qui n’a fait qu’accomplir la destinée de celui qui est né sous le signe d’IBICUS ?