Le point d'interrogation du titre reste entier une fois la dernière page refermée. Qui est renard bleu ? Et oui, qui ? Sans doute la femme-flic qui enrôle de force Jérémiah et Kurdy dans cette aventure, mais ce n'est pas sûr. Et ce n'est pas le seul des nombreux points d'interrogation que le lecteur peut accrocher à ses neurones. Pourtant le scénario fonctionne bien, et on a compris l'essentiel. La morale est sauve, puisque les méchants sont punis, et les victimes du côté des bons sont vengées.
Il y a dans ce tome de nombreux éléments qui ont un air de déjà vu, encore que c'était à l'époque où Hermann n'utilisait pas encore la couleur directe : par exemple Sue ressemble tellement à David, le black qui s'évade avec tante Martha dans "Les yeux de fer rouge" qu'elle est sûrement sa soeur. Gazoleen ressemble étrangement à la belle Priscillia dans "La ligne rouge" et d'autres encore. Pourtant l'auteur ne donne pas l'impression de faire du neuf avec du vieux, bien au contraire. C'est un sujet entièrement nouveau qui est abordé ici, celui de la pédophilie, et au delà de ça, de toutes les dépravations : bordels, jeux clandestins, trafic illicites et le reste. On a même droit à un ancien barman devenu prophète pour les gogos et qui se remplit les poches.
Il y a aussi de l'humour, dans ce tome, comme toujours avec des remarques écrites en petit sous les bulles des dialogues principaux, du sexe, de l'action, des passages à tabac, bref toute la panoplie d'une bien belle histoire de Jérémiah comme Hermann sait nous les servir régulièrement depuis plus de vingt ans (le premier tome "La nuit des rapaces" date de 1979). Et on ne s'en lasse pas.
De nouveau un tome très sombre... Mais c'est dans ce genre d'histoire que l'auteur nous livre ses meilleurs opus. Et celui-ci ne déroge pas à la règle. C'est violent, érotique parfois, pessimiste sur la nature humaine, pas beaucoup plus optimiste sur l'avenir de ceux qui gardent des idéaux... Bref, c'est un cocktail très fort, qui s'avale d'un trait et dont on ressent l'impact pendant un moment !
L'intrigue générale flirte avec les plus bas instincts de notre espèce. Et si le sujet de la pédophilie est abordé avec beaucoup de pudeur, ce n'est pas faute de nous montrer des salauds ! Le pire étant qu'a priori tous sont encore manipulés par plus vicieux qu'eux-mêmes... Les vies humaines (et a fortiori le respect des personnes) comptent peu dans de telles fanges. Et si nos héros s'en tirent une nouvelle fois sans bobos majeurs, c'est parce que leur vision de l'action n'est pas aussi globale que celle servie au lecteur !
Un mot sur les héros : Jeremiah a en grande partie abandonné sa naïveté initiale... Tendre l'autre joue, très peu pour lui aujourd'hui. Et quand on peut régler quelques comptes, il est moins diplomatique que par le passé ! Toutefois, côté femmes, il garde un petit coté fleur bleue. Et Kurdy dans tout ça : sa grande gueule l'aura privé de la majeure partie de l'action... Notons qu'il change de look l'espace de quelques planches (mais Kurdy sans sa tresse est-il bien Kurdy ?)
Quant aux dessins, je ne sais plus quelles expressions utiliser pour le décrire, sans tomber dans la répétition, ni aligner une succession de superlatifs qui certes rendront hommage au niveau atteint, mais qui risqueraient de lasser... Il faut le voir pour le comprendre !
Hermann, scénariste et dessinateur rappelons-le, est décidement un grand artiste.
L'univers post-atomique dans lequel évoluent Jérémiah et son pote Kurdy s'adapte aux progrès techniques. On y trouve maintenant des GSM, ce qui n'existait pas lors du lancement de la série en 1979.
Comme d'habitude, pourrait-on dire, Hermann fait encore montre d'une puissance graphique à l'intensité narrative. Sa technique de couleur directe est également toujours d'application.
Un album dur, pénétrant, dans la continuité de la saga ; dans un monde qui -tout compte fait- n'est pas si éloigné du nôtre.