1945 aurait pu être vértablement passionnant en confrontant à l'horreur de la guerre les élans du coeur de deux gens que le conflit sépare... J'écris "aurait pu être" car en fait je n'ai pas véritablement totalement réussi à prendre corps avec l'histoire qui nous est contée.
La faute peut-être ainsi que le soulignait Spooky à un dessin trop lisse, à des personnages dont les visages ont une fâcheuse tendace à se ressembler...
Peut-être...
Peut-être également que les coïncidences et le jeu du hasard qui permettent aux personnages de s'entrecroiser ou de se retrouver semblent un peu trop tirés par les cheveux...
Peut-être...
Néanmoins, et c'est là que ce one-shot tire son épingle du jeu, la mangaka a tout de même réussi le pari d'attirer l'attention sur un mouvement étudiant anti-nazisme, elle a su retranscrire le déchirement au sein même d'une Allemagne disloquée par une dictature meurtrière en mettant en scène une jeunesse que l'on pourrait qualifier de sacrifiée...
Focalisaton interne au coeur du génocide, au milieu de l'horreur humaine, en plein dans l'Histoire : il est rare d'avoir une vision allemande de la seconde guerre mondiale, l'effort mérite bien d'être souligné en dépit de quelques imperfections...
Un peu déçu par cet album. Keiko Ichiguchi était annoncée par "la plus européenne des mangakas" (oui, c'est une femme). Par le fait qu'elle vive en Italie depuis près de dix ans, mais aussi par le choix du sujet de ses bouquins. Il est vrai que réaliser un manga sur la Seconde Guerre, vue du côté allemand, est un peu inattendu de la part d'un auteur nippon, dont la famille a elle-même connu la guerre du côté de l'Axe. Mais l'originalité de ce choix s'efface vite derrière la beauté formelle du manga. Ichiguchi a un style élégant, fragile mais pas éthéré, un certain charme se dégage de ses planches. Elle instille dans son histoire toute sa sensibilité de femme, mais aussi de nipponne, si différentes d'un gros niais tel que moi. Et le charme agit. Jusqu'à un certain point.
Jusqu'à la rencontre du second personnage masculin de l'histoire. Qui ressemble furieusement au premier. Et au troisième aussi. Cela gêne vraiment la lecture, d'autant plus que dans une longue scène, ces deux personnages masculins sont ensemble, casqués, et qu'on ne sait plus qui est qui, à moins de zieuter les galons sur les uniformes.
Du coup, la compréhension d'une telle histoire, qui introduit beaucoup de sentiments au coeur d'un événement (la guerre) où l'on n'en fait pas, est carrément torpillée. Et les personnages manquent quand même cruellement de saveur, de profondeur. Et c'est dommage, parce que 1945 aurait pu être une BD passionnante, nous emmenant dans le labyrinthe des sentiments en des temps troublés.
Notons quand même l'arrivée d'une nouvelle auteure à suivre.