Will était un géant de la BD franco-belge. Peut-être pas au niveau d'un Jijé ou d'un Franquin, mais un géant quand même. La 27ème lettre fut l'une de ses dernières oeuvres, en marge de ses séries-phares, Isabelle et Tif & Tondu. L'occasion de travailler pour la seconde fois (après Le Jardin des Désirs) avec Stephen Desberg, l'un des plus talentueux scénaristes de l'écurie Dupuis. L'évocation du second conflit mondial est ici feutrée, vue à travers le prisme d'un bordel, véritable baromètre de la société selon Desberg.
Ce récit est celui de la perte de l'innocence. Celle de l'Allemagne, celle de Fred, celle de Lizzy. Pauvres êtres pris dans la tourmente de l'Histoire, ballottés au gré du vent qui ravive les flammes, aux destins scandés par le bruit des bottes sur les pavés mouillés...
Un sujet en or, avec un illustrateur d'expression au sommet de son art. Mais hélas ! Lorsqu'on arrive à la dernière case, on se dit : quel gâchis ! Car on a l'impression d'avoir -hélas- perdu du temps en croyant trouver une voix particulière pour raconter l'horreur absolue. Il en reste juste des belles images.
J'aime beaucoup le dessin de Will et surtout ses colorisations à l'aquarelle. Et cet album, notamment, est très beau à mes yeux et surtout très agréable à lire. Ses personnages sont toujours dessinés dans le même style (le style qu'il avait pour "Tif et Tondu" ou "Isabelle") et ne sont pas exceptionnels quand on y pense, mais ce style marche vraiment bien pour moi pour une narration fluide et efficace. Je trouve cet album beau.
Et il est beau aussi au niveau des émotions qu'il distille. Les textes manquent un peu de naturel car ils ressemblent beaucoup à des textes de théatre ou des récitations de poèmes (certains monologues sont d'ailleurs de petites poésies avec rimes et alexandrins), mais ils sont bien écrits et assez jolis dans l'ensemble. En outre, certaines phrases touchent vraiment juste et l'émotion qu'elles suscitent a su m'atteindre.
Un petit manque de naturel autant dans les dialogues que pour les situations, qui donne au tout l'allure d'un conte plein de poésie, gai d'abord puis noir ensuite. Moi j'ai bien apprécié.