Sans faire de jeu de mots hasardeux, on peut dire que "Kuklos" est un album très noir. On commence par suivre le narrateur lors de son adolescence et sa découverte du Ku Klux Klan. Celle-ci se fait très naturellement : c'est pour lui à peine une découverte, c'est juste... logique. Et puis le temps passe, et on le retrouve trente ans plus tard, toujours au sein du KKK, mais dans une situation plus élevée.
Ce qui frappe dans "Kuklos", c'est le côté narratif de la chose. A aucun moment il n'y a de véritable réflexion, de dénonciation ou d'approbation du racisme, de la violence... L'histoire est juste racontée, montrée, de façon finalement assez détachée malgré la violence qui pourtant suinte de partout. Et les personnages sont violents. Tous. C'est d'ailleurs à mon avis un des points forts de cet album que de se concentrer là-dessus, le résultat est une haine omniprésente, sans fondement, sans tentative d'explication, rien que de la haine qui se nourrit d'elle-même.
Le ton de sylvain Ricard est décidément très particulier, très sombre, plus encore que dans "Banquise". J'ai parfois un peu regretté le dessin, par moment pas assez fort ou dynamique à mon goût, mais à dire vrai il participe pour beaucoup à l'histoire et à sa réussite.
Seul petit reproche, les passages narrés par la voix off, denses et importants pour l'histoire, qui créent une cassure dans le récit. Mais sans doute étaient-ils nécessaires pour faire tenir "Kuklos" en un tome (80 pages, quand même).
Une histoire du Ku Klux Klan, vue du côté des Klanistes. Le dessin, les traits, les contours sont coupants comme cette secte, acérés. C'est donc bien associé au thème, mais noir, sombre, comme les couleurs qui remplissent les vignettes.
Au niveau du scénario, je l'ai trouvé très bon au début, plus faible sur la fin, ce qui explique ma note. C'est dommage car c'est haletant jusqu'au deux-tiers du livre.
D'autre part, je me suis senti étranger à l'histoire, je n'ai pas réussi à m'identifier ni à "rentrer dedans". Et puis l'idée du début (le mort qui écrit) je ne la trouve pas trop grandiose.
Bref, c'est informatif, bien monté, mais il manque un petit supplément d'âme (sic !) et cet éclair qui fait le très bon ouvrage.