Je ne vais pas en rajouter sur les qualités de cette BD, Alix l'a très bien fait avant moi. Certes, Joe Sacco fait oeuvre d'utilité publique en racontant, par la bouche des victimes, ce qu'il s'est passé en Bosmie il y a maintenant plus de 10 ans. 10 ans, déjà... Je me rappelle avoir suivi tout ça à la télé. les noms exotiques de villes dont je ne soupçonnais même pas l'existence... La révélation (à l'époque) du puzzle ethnique et religieux qu'était alors la Yougoslavie en fin d'existence... Je ne m'y intéressais pas trop, alors que tout cela se passait à moins de deux heures d'avion de l'Hexagone... Je n'ai pas oublié ce qu'il s'est passé en Bosnie, mais je ne connaissais pas l'ampleur du désastre, ni même certains détails. Ces détails, Sacco les rapporte de façon sobre, neutre, journalistique presque. Et c'est là que le bât blesse, selon moi. Car on sent qu'il souffre en entendant ces récits de familles déchirées, de maisons bombardées, de gens crevant la faim, pour un conflit absurde. Mais Sacco ne met pas de colère, pas tout à fait de la compassion, et pas d'émotion, en fait, dans son compte-rendu. Alors qu'il a visiblement été très affecté par les récits de ses amis de Gorazde.Je pense que plus qu'un compte-rendu journalistique, c'est aussi de compréhension, d'une possibilité de faire passer les émotions que ces gens auraient eu besoin. Sacco est un peu froid. C'est peut-être aussi dû à son style graphique, un poil rebutant en début de lecture. mais on s'y habitue par la suite.
"Gorazde" est une oeuvre utile, mais qui n'accroche pas assez le lecteur.