Après avoir dégusté les trois premiers tomes du "Le combat ordinaire", il était temps pour moi de me consacrer à d'autres chefs d’œuvres de Manu Larcenet.
"La ligne de front" n'atteint pas le sommet du combat ordinaire, mais il en reste agréable et particulier.
Son coté fantastique, sans explication, m'a beaucoup plu.
Larcenet a gardé sa petite touche personnelle qui rend ses albums si merveilleux, cette patte qui fait qu'on est tout de suite à l'aise, que l'on rentre dans son univers comme si c'était le notre...
Enfin voilà, ce coté fantastique m'a bien plu.
Comme si la mort qui nous attrapait pendant la guerre, cette chose si fatale et si hasardeuse que personne ne peut comprendre, était en fait aux mains de l'irréel, impossible à attraper et pourtant très proche.
Je ne sais pas si c'est cela que Larcenet a voulu faire passer dans cette bd, mais ce que j'aime bien avec lui, c'est que l'on peut toujours en retiré quelque chose, cela renvoie toujours a quelque chose de familier pour nous.
Et puis Van Gogh réapparaît avec une sincérité surprenante, et l'on avale l'histoire de Larcenet sans s'interroger.
L'album garde toujours un coté léger, marrant et frais. Allez, encore un argument à la faveur de Larcenet. Ce monsieur un peu insolite allie très bien la réalité universelle et vécue par tous, avec une fraîcheur plutôt drôle.
Niveau graphisme, j'aime ! Les couleurs sont variées, sombres à certains moments mais pas trop, les traits sont fins et particuliers, les expressions, simples mais interpellantes...
Auteur prolifique, Larcenet plonge le peintre Van Gogh dans l'enfer de 14-18. L'anachronisme est résolu par une pirouette : il imagine le peintre en tant qu'agent secret artistique qui, après l'échec d'une mission, est puni de mort médiatique. Depuis 1890, l'artiste vit dans l'ombre. 25 ans plus tard, la guerre ravage l'Europe. Van Gogh, caporal, est envoyé en première ligne pour y dépeindre ce qui cause le désarroi des combattants.
Larcenet nous balance ici une superbe fresque en pleine figure.
Il surprend et s'améliore à chaque tome et/ou histoire. Il offre ici au lecteur une oeuvre qui allie émotion, humour et dérision. Le principe est simple : projeter un personnage très connu dans un décor totalement décalé.
La présente association de dialogues cyniques et percutants à un graphisme personnel de plus en plus maîtrisé gratifie ici le lecteur d'un Grand album.
En fait, cet album se sépare pour moi en 2 parties bien distinctes : le début, avec Van Gogh qui va jouer presque un rôle à la Bill Baroud, en mission sur le front de 14-18. J'ai assez apprécié cette partie, le décalage entre la guerre et le peintre qui agit et parle comme si la peinture était une arme et un art complexe à la fois. La description de la guerre par des peintures fortes et réalistes (inspirées à Larcenet par des photos réelles) est assez réussie et pleine d'émotion.
Par contre, ensuite, la 2e partie, avec son côté plus fantastique, plus mystique, m'a moins plu. Cette histoire de la mère des obus ne m'a pas touché, laissé même plutôt froid et circonspect. Je me suis demandé où voulait en venir Larcenet car il tente vraiment de faire passer un message là, message qui n'a pas su m'atteindre du tout.
Sympa à lire, mais pas vraiment exceptionnel dans l'ensemble, je trouve.
Manu Larcenet narre la "mission insolite" de Vincent Van Gogh, chargé de (dé)peindre la Grande Guerre pour rendre compte au président du Conseil de la situation sur la ligne de front . . . point de tournesols là bas, juste des paysages dévastés et des visages torturés.
L’auteur décrit l’absurdité de la guerre et l’aveuglement des gallonneux totalement déconnectés de la réalité. Toutefois, le récit glisse tout doucement en son milieu, devenant plus imagé, plus symbolique dans sa deuxième moitié. L’allégorie des "hommes-oiseaux" et celle de la "mère des obus" sont des images lourdes de sens mais traitées sans noirceur excessive. La dernière planche est particulièrement réussie car elle donne à l’histoire toute son importance. Quant au dessin, c’est du Larcenet comme on le connaît, juste un peu plus noir que d’habitude pour coller à l’ambiance du récit.
Voilà, comme vous l’avez compris Van Gogh n’est pas réellement mort à la fin du XIXè siècle, tout ceci n’étant qu’une mise en scène. En 1914, lorsque la guerre éclate il est bien vivant, et il est envoyé au front afin de capturer « l’esprit de la guerre », chose qui manque cruellement de tournesols à son goût…
Voilà donc l’idée de départ de cet album décalé. Larcenet nous offre ici un album original, et essaye de nous montrer encore une fois l’horreur de la guerre, mais sous un autre angle… avec plus de jaune notamment… En fait si l’album commence avec un sens de l’humour très décalé par rapport aux événements durant lesquels il se déroule, plus Vincent se rapproche du front, et plus cet humour disparaît pour laisser place à une vision très métaphorique de la ligne de front, qui je doit dire est quelque peu déroutante. Si on comprend assez bien le message, le moyen que choisi Larcenet pour le faire passer est loin d’être des plus clairs…
Les dessins sont agréables, dans un style Larcenet classique, et les couleurs plutôt réussies, notamment les jeux d’ombres qui apportent un peu plus de force aux illustrations…
Un album intéressant, qui aborde un sujet difficile d’une manière nouvelle…
On distingue nettement deux parties dans cet album.
Un 1ere que j’ai trouvé très agréable, mélangeant allégrement humour débile et réflexion sur la guerre, en fait sur la Grande Guerre, et le fait que des généraux complètement déconnectés de la réalité jouaient à une partie d’échec géante, et que les pions étaient des pauvres gens comme vous et moi. Ce mélange « humour débile / réflexion sérieuse » m’a un peu dérouté au début, mais je m’y suis bien fait, et au finale, il faut reconnaître que Larcenet a beaucoup à dire sur le sujet.
Par contre moi aussi j’ai trouvé la 2eme partie, plus fantastique, un peu indigeste. Pas raté, pas désagréable, mais j’ai eu du mal à faire le lien avec la 1ere partie… au final, je me demande bien quel message l’auteur a essayé de me faire passer… Je manque peut-être de poésie ou d’imagination
Bon, je pense que « La ligne de front » reste un album à lire. Du très bon Larcenet, presque aussi bon que « Le combat ordinaire ».
Bon alors vous oubliez que Vincent Van Gogh est mort peut peu avant le XXe siécle. En fait il est déclaré mort par les autorités pour l'employer à des tâches top secrètes dixit Larcenet.
"Votre mission Mister Van Gogh, si toutefois vous le désirez bien est de vous confronter aux horreurs de la bataille des tranchées de la WW1, pour en faire une belle peinture aux gradés bien à l'abri des combats… ce message s'auto-détruira dans 5 secondes !!!"
Manu Larcenet trône encore une foi dans la déconstruction de l'histoire en bouleversant cette fois-ci la biographie de Van Gogh.
Ici Larcenet aborde des sujets comme la confrontation de l'art et la guerre ou les rapports entre la peinture et la BD - fait d'actuallité dans la Bd puisqu'on la retrouve chez Smudja et son Vincent & Van Gogh (tien tien) et son Bordel des muses, mais aussi dans Le Maître de peinture de Richaud, Makyo et Faure (Que j'ai juste entre apperçu !).
Niveau graphisme, la facture Larcenet est ahurissante. Il prend le parti-pris d'utiliser peu de moyen et de caricaturer et styliser moyennement et pourtant les sentiments sont là, les caractères des personnages aussi et son dessin est poétique. Notons aussi la diversité de ses touches, presques distinctes, la différence entre le trait d'une une action comique, l'aspect plus réaliste des tableaux et sa vision quasiment fantastique des vues d'oiseaux.
Bref, on se marre bien du début à la fin. Domage pour moi, j'ai trop attendu pour mettre mon avis sur cet album, car je l'ai lu chez ma chérie qui l'avait acheté, il y a un peu plus de deux mois et donc il y a sans doute certaines choses oubliées. Avec cet album il aurait pu le faire à la "Fluide Glacial" comme il le faisait si bien, mais ici il démontre très largement qu'il possède une intelligence artistique et une capacité d'analyse hors norme… un album distrayant et très passionnant !
Imaginez que Vicent Van Gogh ne soit pas mort en 1890 comme s'obstinent à le proclamer tous les dictionnaires et encyclopédies. Ce ne fut qu'une mort médiatique, orchestrée pour punir le peintre.
Imaginez qu'un président du Conseil sous la IIIe République, en pleine Première Guerre mondiale, décide d'envoyer sur le front un peintre capable de rendre compte de ce qui s'y passe. Histoire d'aider les planqués de l'arrière à comprendre ce qui peut bien démotiver les troupes en première ligne, qui ne semblent pas heureuses de mourir la bouche ouverte et les tripes à l'air.
Imaginez qu'un général soit sommé d'accompagner le peintre et de fréquenter une ligne de front où les hauts gradés prennent rarement le risque de se montrer.
Imaginez ensuite que Manu Larcenet ait mis toutes ces idées farfelues dans un même album.
Hé bien vous avez une idée de ce qu'est "La ligne de front".
Larcenet signe un scénario original et franchement bien fichu. On est dans un no man's land entre l'humour décalé façon Fluide glacial, et la BD témoignage sur l'horreur de la guerre façon Tardi. Cocktail (d)étonnant mais efficace. On rit des rapports entre Van Gogh et le général qu'il doit traîner pour mieux être frappé par les mutilations des poilus. Les petites histoires en fin d'album évoquant le destin de quelques malheureux soldats sont crédibles (peut-être vraies, d'ailleurs) et émouvantes. Les planches 20-21 fleurent vraiment le Tardi de "C'etait la guerre des tranchées", référence absolue en matière de Première Guerre mondiale en BD.
Larcenet sait donc rendre l'atmosphère sordide des tranchées. Il a l'intelligence d'y ajouter de l'humour et de la poésie. Ce qui donne un album hautement recommandable, qui pourrait bien inspirer quelques professeurs d'histoire-géographie désireux de montrer autrement les atrocités de la Grande guerre. Alors merci, monsieur Larcenet.