Cette histoire est vraiment très décevante. Beaucoup de choses complètement illogiques et aberrantes. On dirait que Jacobs s'est cru obligé de faire une histoire en Atlantide mais l'inspiration n'était pas là.
En fait, il a fait là le plus mauvais. Enfin, on va dire le moins bon, parce que les autres Blake&Mortimer sont quand même de très bonne qualité.
Son adaptation en Dessin Animé est un peu meilleure.
Tout la séduction de Blake et Mortimer vient de son côté suranné, du contraste entre un imaginaire encore très vieille Europe et les fantasmes de la science fiction.
L'Atlantide de Jocobs mêle les souvenirs d'une Grèce imaginaire et de l'Amérique précolombienne. La noblesse d'un peuple d'élite et civilisé face aux peuples barbares. Comparez les traits fins du prince atlante aux traits grossiers, massifs, du chef indigène ! On sent qu'on est encore, ici, dans un esprit d'avant la fin des colonies. On ne pourrait plus aujourd'hui utiliser de tels schémas au premier degré. Mais tout l'intérêt vient de ce côté politically incorrect qui colle à l'esprit de l'époque - et en fait de toute l'histoire européenne jusqu'à tout récemment.
La science fiction plus moderne est à la fois beaucoup plus sophistiquée et plus abstraite, plus déconnectée et souvent, somme toute, plus inoffensive.
Bref, on retrouve ici le charme désuet d'un monde disparu - et je ne parle pas de l'Atlantide...
La grande force des bédés de Jacobs réside dans son sens fabule de la mise en scène. Laquelle peut parfois et avec beaucoup d'effort apporté aux couleurs se révéler animée d'un réel souffle.
Quand je pense aux albums, à mon sens, les plus caractéristiques de Blake et Mortimer de son art coloré de la mise en scène et des ambiances, me viennent à l'esprit les souterrains qui gardent l'entrée secrête de la base de la résistance dans "Le secret de l'Espadon"; à la terrible scène toujours dans cette aventure) où Mortimer est contraint de rédiger un plan aux soldats jaunes par une après midi moite et humide. Puis je songe à un album parfait, non constitué de quelques scènes admirables mais éparses; à un album où l'imagination de son auteur est présente à chaque planche: L'énigme de l'Atlantide.
Alors oui, ça cause: Jacobs écrit dans un style graphique très classique, très ancien; entre le roman d'aventures façon Wells, le cinéma et les premiers pas de la bédé.
Mais l'histoire est hbilement construite, et de la même manière que "Le mystère de la Grande pyramide" engendra des générations d'égyptologues; beaucoup de lecteurs de ce chef-d'oeuvre (dont moi, acte) ont décidé de se lancer dans la spéléologie.
Certes, l'énigme de l'Atlantide n'est pas le meilleur des Blake et Mortimer -loin de là- mais il plaira aux inconditionnels de la série. Le début de l'album est un peu longuet, jusqu'au moment où -enfin!- Blake et Mortimer vont découvrir l'Atlantide.
Et alors là, chapeau à Jacob, qui invente l'histoire et la vie d'un peuple tout entier. L'histoire n'est pas très passionnante, mais j'ai apprécié de rentrer dans ce monde imaginaire et d'en comprendre le fonctionnement grâce aux désomais classiques réflexions et explications scientifiques de Jacob. Un dessin qui reste bon, mais pas plus extraordinaire que ça. Bref, un album pour les amateurs de la série qui ne devrait pas les décevoir.