La tendresse des Crocodiles a vraiment été un coup de cœur pour moi !
Le graphisme est vraiment maîtrisé, le coup de pinceau de Fred Bernard, inconnu pour moi auparavant, est précis, malgré son coté fouillis et inachevé. On ressent fortement un mélange de style, parfois précis, remplis de détails, ou bien simple, aéré.
Le noir/blanc ajoute une touche de beauté au graphisme, qui, peut être à tendance à trop nous obnubiler. Certaines planches sont un véritable plaisir pour les yeux, ( par exemple, P 123 ).
On ressent dans cette bande dessinée une certaine liberté de la part de l'auteur. Les planches ont différentes formes, grandeurs. Cela ajoute toujours un grain de fraîcheur au dessin.
Ce graphisme n'est pas le seul atout de notre cher Fred Bernard. Son talent pour conter les histoires ne peut pas nous être indifférent.
"La tendresse des crocodiles" est une quête, d'abord une quête liée au père de Jeanne, mais aussi une quête de maturité et de découvertes. Les relations compliquées et ambiguës entre les personnages sont à savourer, et se développent progressivement au fil de l'histoire. Les personnages peuvent apparaître seulement en tant que silhouettes, étranges personnages qui font quelques apparitions, mais qui rapidement sont cernés, tandis que d'autres sont à découvrir au fil de l'aventure.
On se laisse porter dans cette quête de soi et des autres, une découverte d'une Afrique enfouie, à travers un graphisme percutant, et une légèreté narrative rare.
Roman graphique ? On peut le penser. J'aurais volontiers placé "La tendresse des crocodiles" dans la catégorie aventure, aux côtés d'un Corto Maltese pour lequel Hugo Pratt n'hésitait pas à développer les relations entre les personnages.
Il est vrai que graphiquement, on est dans la nouvelle bande dessinée. Le trait en noir et blanc est faussement approximatif ou brouillon. Ce n'est pas forcément tape-à-l'oeil comme du Civiello, mais Fred Bernard sait dessiner et se montre aussi à l'aise avec ses personnages qu'avec ses décors. J'ai beaucoup apprécié son coup de patte, qui m'a fait penser à Peters, Sfar et même Pratt. C'est du noir et blanc assumé, franchement bien maîtrisé et appréciable par tout bédéphile n'en étant pas resté au stade du gros nez façon Lambil (ce n'est qu'un exemple, je n'ai rien contre lui !).
Et puis, question histoire, ça assure. Les personnages sont d'une remarquable justesse, pleins de caractère, attachants en quelques cases. Fred Bernard a vraiment le chic pour mettre en scène les personnalités de ses héros et héroïnes. On ne s'ennuie pas une seconde, les dialogues sont savoureux, l'équilibre entre action et parlotte est parfait. La recherche de ce père trop longtemps absent est l'occasion de découvrir des contrées lointaines et de rencontrer des personnages marquants.
C'est une bande dessinée à côté de laquelle il ne faut pas passer et qui marquera durablement le lecteur. Mélange d'émotion et d'aventure, ce cocktail original révèle un auteur de talent qu'il faudra surveiller de très près - à commencer par la suite des aventures de Jeanne Picquigny.