Neuvième tome de cette série parallèle de l’univers Donjon dont les épisodes sont situés à différents moments des trois séries clés: Potron-minet (niveaux -99 à 0), Zénith (niveaux 1 à 100) et Crépuscule (niveaux 101 à 200). Ce neuvième tome se situe au niveau 75, c'est-à-dire vers la fin de la période "Donjon Zenith".
Cet album est assez atypique. Il est premièrement situé à une période que le lecteur ne connait pas encore très bien et qui semble très proche de la période "Donjon Crépuscule", comme en témoigne la présence du grand Khan et de son fils Papsukal.
Deuxièmement, malgré l'apparition du grand Khan, les principaux protagonistes sont assez méconnus. On se souvient certes du clin d'oeil amusant à Mourad Boudjellal (Mourad le pirate) lors du tome 1 de "Donjon Monsters", ainsi que des aquabonistes du premier tome de "Donjon Crépuscule", mais pour le reste, les personnages sont totalement méconnus.
Mais ce qui surprend le plus, c'est l'environnement aquatique de cet album. Délaissant le fameux donjon et ses alentours terrestres, les auteurs nous livrent donc un décor totalement neuf et assez surprenant.
Le scénario de ce neuvième volet se concentre sur une aquaboniste nommée Noyeuse, dont la famille va être décimée suite à une petite erreur commise par les soldats du grand Khan. Un événement qui va bousculer la vie de cette jeune fille de bonne famille et la propulser au centre d'une guerre cruelle et riche en hémoglobine. L'intrigue va donc mettre en avant les méfaits de la guerre, mais va également nous en apprendre un peu plus sur le grand Khan et sur la guerre qu’il livre aux Aquabonistes.
Chaque album de cette série étant réalisé par un dessinateur différent, après Mazan, J.C. Menu, Andréas, Blanquet, Jean-Emmanuel Vermot-Desroches, Yoann, Blutch et Carlos Nine, c'est à Killofer qu’est confié le dessin de ce neuvième tome. L'univers aquatique et la population sous-marine que crée l'auteur est très originale et de toute beauté, à l'image de ces pirates mouradistes succulents. Un décor qui contraste avec ce qu'on avait l'habitude de voir précédemment au sein l'univers donjon, mais qui est tout aussi riche.
Un donjon qu’il est difficile de relier aux autres épisodes de la série. Situé au niveau 75, il se rattache un peu plus à la période crépuscule puisqu’on y voit qu’Herbert est déjà le grand Khan et que son fils Papsukal manigance déjà contre son père.
Ce monster se centre sur le personnage de Noyeuse l’aquaboniste, dont on n’avait jamais entendu parler jusque là ; hormis dans le donjon crépuscule 101 où il est question de son peuple. Cet épisode est relativement sombre puisque la petite Noyeuse est violée par un de ses supérieurs et doit tuer pour se défendre alors qu’elle a été victime d’une terrible méprise où ses parents ont été assassinés. C’est, d’ailleurs, la grande originalité de ce tome car on a l’impression que les auteurs ne font plus de détails. Plus rien n’est caché et l’humour qui était si présent dans les précédents opus semble cette fois-ci absent enlevant toute forme de distanciation avec l’horreur de l’univers donjon.
Killofer au dessin accentue ce côté sombre par une description sans concession des profondeurs faites de crasse et de monstres tous plus affreux les uns que les autres. Autre originalité on entend à nouveau parler du pirate Mourad apparu dans le monster tome 1 (caricature du patron de la maison d’édition Soleil et meilleur ennemi de Guillaume de la Cour), celui-ci est vénéré par ses troupes.
Un épisode qui a donc son intérêt mais qui me fait regretter les anciens donjons, où l’humour était plus présent.
Quand j'ai lu cet album la première fois, je me souviens avoir été vraiment touché, presque dérangé par la force de certaines scènes, ébloui par la puissance de la colorisation, pris à la gorge par la dureté de l'intrigue et par sa fin désabusée. Quand je l'ai relu, j'ai réalisé à quel point le dessin était impressionnant de maîtrise et de beauté simple, à quel point le scénario était intéressant et perspicace, à quel point le tout apportait de nouveaux éléments mais surtout une ambiance supplémentaire à l'univers Donjon.
Je me répête mais je trouve les planches de cet album superbes. Ce n'est pourtant pas mon style de dessin préféré mais certaines images et surtout les couleurs profondes et fortes me restent vraiment fortement en mémoire. Tout y est maîtrisé, à la fois simple, beau et détaillé.
Quant au scénario, il dérange dès le début car il nous place dans une atmosphère presque moderne, avec cette jeune héroïne qui papote avec sa copine au téléphone (ou équivalent). On s'identifie donc d'autant plus vite à ce début. Et là, tout de suite, tout est bouleversé, l'horreur, la violence s'introduisent, aussi insidieuse que ces grandes étendues de sang qui s'étalent doucement sous l'eau. Vraiment dérangeant quand on s'attend à un récit aussi léger qu'un Donjon Zenith.
Il nous permet ensuite de suivre la jeune héroïne dans le décor dur et violent des armées du Grand Khan, permettant à la fois de découvrir son fonctionnement de l'intérieur mais aussi de ressentir les affres mentales de cette jeune fille qui voudrait s'échapper dès que possible mais que les évènements vont amener à prendre les choses totalement à revers.
Très fort, très beau, un ajout formidable à la grande fresque de l'univers Donjon.
Quelle merveille, ce dessin ! C'est fabuleux, j'ai du mal à le décrire, disons qu'il est net tout en étant assez charnu et que la palette de couleurs utilisée par Killofer est riche et subtile.
J'aime beaucoup, par exemple, sa façon de restituer la transparence de l'eau. Bref, l'univers aquatique est extraordinaire, visuellement, c'est très séduisant.
Mais alors l'histoire, elle est vraiment violente et sanglante. C'est dommage car, du coup, je n'ai pas envie d'avoir cet album chez moi ; j'aurais plaisir à regarder les dessins mais pas à le relire. Je mets quand même une assez bonne note, parce qu'il y a de la qualité, c'est indéniable.
Un tome difficile à noter, et peut-être aussi à apprécier. Le dessin de Killofer est en effet très particulier, et même si les scénarios des donjons imposent assez strictement leur marque sur le résultat, il est indéniable ici que le graphisme y imprime lui aussi une marque indélébile. De fait l'abondance de détails, de formes à la fois géométriques, aux traits nets, et torturées, organiques, créée une ambiance toute particulière qui démarque assez cet album des autres Donjons.
Ce fossé est encore creusé par un scénario qui place lui aussi "Les profondeurs" à part. Certes, on retrouve des personnages du courant principal de l'histoire (crépuscule, même s'il ne s'agit "que" du niveau 75) tels que le grand Khan ou le prince Papsukal, mais pour l'essentiel il s'agit presuqe là d'une aventure toute différente, et pour l'instant complètement distincte des autres albums. C'est à mon avis à la fois une force et une faiblesse. Force parce que cela permet à cet album assez excellent, très sombre, parfois horrible, de se démarquer et de montrer un autre aspect de l'univers de Donjon. Faiblesse parce qu'il ne fait en rien avancer l'histoire globale que l'on connaît jusque-là et que même si on prend plaisir à le lire, on se demande un peu "à quoi il sert". Il faudra bien sûr voir par la suite si et comment il se rattache au reste de la série...
Toujours est-il que pour l'heure cet album m'a largement plu, même si (ou peut-être parce que) sa lecture provoque un certain malaise. L'histoire et le ton sont assez cyniques, plus sombres encore que les Donjon Crépuscule, et ce à plusieurs niveaux : la violence pure et dure qu'on voit immédiatement (meurtres, viols, explosion d'organes...), mais aussi et surtout celle montrée par l'évolution du personnage de Noyeuse, qui subit les événements, qui en est presque prisonière. Bien sûr elle pourrait les fuir, mais comment ? Ce serait une forme de danger pire que celle qu'elle connaît en se laissant entraîner dans cette folle spirale. Dans cette perspective, la fin de l'album est superbe.
ATTENTION SPOILER
Noyeuse qui au début était victime (ses parents, son amie sont tués), prend parti contre son peuple (borné, stupide, et qui l'a rejetée), et charge à la tête de l'armée du grand Khan.
FIN SPOILER
La symétrie entre le début et la fin de cet album est frappante, et vraiment noire. Cherchez l'espoir ailleurs.
Conclusion : album très particulier, par son graphisme, par sa séparation du reste de la série, par son ton. Et personnellement j'aime beaucoup.