J'avoue ne pas trop aimer le style de Tardi, mais ici il fait fort... positivement.
J'ai aimé l'histoire et, surtout, le graphisme qui m'a fait penser à de vieilles reproductions d'eaux-fortes qui "garnissaient" certains romans de Jules Verne (j'en possède quelques très vieux, du tout début des années 1900 ; et c'est vrai que certains dessins et couvertures offrent une vraie ressemblance à ce qu'a ici dessiné Tardi).
J'ai lu, et assisté, à une bien belle histoire fantastique, au charme un peu suranné qui, l'air de rien, et si on y va d'une lecture un peu plus appuyée, est une sorte de réquisitoire contre les dangers d'éventuelles guerres bactériologiques.
J'ai lu d'une traite (chose rare que je fais avec Tard) et ai ressenti un vrai bonheur de lecture en fin de tome.
Malgré ses quasi 35 ans d'âge, ce "démon" est toujours d'actualité bien que l'on ne parle plus trop de virus à l'heure actuelle, médiatiquement dépassés par le réchauffement de la planète.
Mais ils sont toujours là...
Vraiment original et -l'air de rien- à vous créer une certaine angoisse...
Le démon des glaces est un album de qualité pour plusieurs raisons:
- La narration de cette histoire mystérieuse de navires qui disparaissent en arctique, est très bien fichue. L'album est découpé en plusieurs chapitres (7 si je me souviens bien) et ce procédé permets de rythmer l'histoire en lui passant parfois du coq à l'âne.
- Le génie graphique de Tardi est ici sublimé. Bien que moyennement fan du style Tardi, je dois avouer que cet album est tout simplement beau. Les dessins d'inspiration "Vernienne" (de Jules Verne quoi) sont très travaillés, et je trouve que le trait de Tardi est moins rond que dans ses productions récentes (c'est cette rondeur du trait notamment pour les personnages qui me dérange habituellement).
Cependant, le démon des glaces a un gros défaut :
- Le fond de l'histoire est vraiment trop simpliste. Si l'immersion dans celle-ci est totale au début, je suis sorti de l'histoire à la fin tellement le dénouement est un peu "torché". Les réactions des personnages en fin d'album ne sont vraiment pas crédibles. Je suis resté sur ma fin et ce n'est pas la première fois que j'éprouve cela avec Tardi. Dommage.
Très très bel album, un peu à part dans le paysage BD, y compris dans les années 1970.
On voit que Tardi a lu et apprécié Jules Verne. Sa BD est donc un bel hommage, très prenant, passionnant, mais hélas un peu court.
Pourtant il a fait en sorte de bien "coller" à l'oeuvre et à la technique de son modèle : découpage en chapitres, cliffhangers de fin de chapitre, personnages très intéressants, et même une petite morale finale.
Côté graphisme, l'auteur nous gratifie de planches à l'ambiance polaire très réussie, dans un style à la fois neutre et efficace. S'il avait vécu un siècle plus tôt, Tardi aurait sans problème pu travailler avec Jules Hetzel pour l'édition des romans de Jules Verne.
Les avis précédents résument parfaitement les qualités de cette BD : une ambiance à la Poe, un graphisme qui colle à cette ambiance (merci Tardi !) et une naiveté voulue.
Mais c'est aussi le défaut de l'album : une trop grande naiveté qui laisse un peu sur sa faim, des personnages caricaturaux comme il en existait des tonnes dans l'"ancienne école" ...
Il reste un découpage parfait en 7 chapitres bien narrés et une ambiance glaciale tout à fait palpable.
Je ne crie pas au génie, mais c'est un ouvrage intéressant.
J'ai lu cet album dans la collection Librio (qui soit dit en passant a amélioré la qualité de son papier et la solidité de ses couvertures, tout en augmentant un peu le prix de vente) et j'ai franchement été charmé.
Tout d'abord par le dessin. Tardi y emprunte le style des gravures anciennes, le tout mis en page dans un cadrage style art déco : le résultat est excellent et superbe. Ce dessin noir et blanc tout en trait et en obscurité m'a rappelé Cromwell Stone d'Andreas. Et pour une fois, les visages des personnages de Tardi, que d'habitude je trouve un peu trop exagérés et grossiers, collent parfaitement bien au reste du dessin. Cette Bd est donc particulièrement belle et c'en est dommage d'avoir une version réduite de ces dessins due à la petite taille de l'édition Librio.
Ensuite, il y a le scénario. Ca ressemble à la fois à du Jules Verne et à du Edgar Poe. Il mêle l'aventure et le mystère qu'on pourrait apparenter à du fantastique mais qui se révèle de la science-fiction à la façon dont l'imaginait Verne en son temps. L'histoire n'est pas bête du tout et bien racontée. Elle ne se veut pourtant pas l'égale de scénarios complexes comme on peut en trouver de nos jours : elle a la fraicheur et la naïveté des histoires du siècle dernier auxquelles elle rend hommage.
Comparée à d'autres BDs de Tardi, j'ai trouvé la narration bien plus fluide : on y suit l'intrigue simplement et confortablement, profitant de l'ambiance et du mystère. Tout ce qui se passe est décrit dans les cases de narration et on n'a plus qu'à se laisser porter par l'histoire.
La fin de cette Bd est à la fois grandiose (dans le sens grand spectacle comme une fin de film à grand public) mais aussi naïve, comme la fin d'un livre d'aventure du siècle dernier où tout se passe très vite et sans trop se soucier de la cohérence de tous les détails scénaristiques. Mais justement là, jai trouvé que ça passait très bien, car ça ne se prenait pas vraiment au sérieux. La dernière case me faisait d'ailleurs franchement penser à la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, avec son texte de fin qui présage de futures aventures et de grands dangers.
Bref, un très bel ouvrage, beau, frais, intelligent et agréable. Pas déçu de mon achat, si ce n'est que finalement, je n'aurais pas craché sur une plus grande édition.
C'est fort, c'est magnifique !
De cette histoire digne de Jules Verne, Tardi a su faire un récit rythmé, riche en surprises.
Le dessin, pour une fois hors de Paris, s'adapte très bien à l'univers maritime et nous sommes gâtés de détails tous plus impressionnants les uns que les autres: Brest, la Gare Montparnasse, les trains, les bateaux, les machines.
Le découpage des pages, original (parfois des demi-cercles ou cercles au milieu: comme dans Jules Verne et Hetzel vous disais-je !) apporte une touche peu classique, qui ajoute à l'étrange.
Je me suis en effet parfois demandé dans ce livre qui était mort et qui était vivant, tant la frontière semblait ténue.
Découpé en 7 chapitres (une page illustrée découpant l'histoire à chaque fois), on est ici dans l'esprit du récit à épisodes, chaque partie représentant déjà un tout à elle seule.
Bon, ce qui prévaut par dessus tout, c'est l'atmosphère. Tardi sait rendre ça à la perfection, ses noirs et blancs sont des délices, ses icebergs, la neige ça fait frissonner.
J'ai presque l'impression d'y être, une sensation forte passe.
C'est cela être un artiste, un transmetteur de génie.
Plongez vous dans cette aventure arctique, votre esprit n'en sera pas congelé.
Bien au contraire !
PS: J'ai acheté le livre que je chronique ici, une réédition "petit format" (proche du A4) de 2001. L'original de 1974, était beaucoup plus grand.