Voici la deuxième histoire développée par l'équipe Sente-Juillard (après la machination Voronov qui ne m’avait pas trop accrochée), et là je suis agréablement surpris.
Cette histoire de complot organisé pendant l'exposition universelle de Bruxelles, va être rapidement liée avec le passé du professeur Mortimer en Inde. Et pour l'occasion, les auteurs ont pris un risque finalement assez bien maîtrisé : présenter un bout du passé de Mortimer, notamment sa rencontre avec Francis Blake. Ce filon jamais exploité, est vraiment intéressant et l'on y découvre un Mortimer amoureux ce qui est assez exceptionnel lorsque l'on sait que sous l'ère Jacobs, les femmes sont quasi-inexistantes des albums.
Voilà qui amène beaucoup de fraîcheur à l'histoire et ce tome constitue un très bon premier tome, qui se lit avec aisance (ce qui n'est pas toujours le cas dans cette série). Les dessins de Juillard sont irréprochables (tous les codes de Blake et Mortimer sont respectés). Voilà un album de qualité, et j'en suis le premier surpris.
Première bonne chose : la couverture ! Accrocheuse, elle évoque les meilleurs "unes" de Jacobs et séduit davantage que les poupées russes de l'opus précédent (en EO).
Nous avons aussi affaire à un audacieux flash-back qui nous présente la jeunesse de Blake et Mortimer, leur rencontre à Bombay, les parents des jeunes gens et les premiers émois amoureux du futur professeur, encore imberbe à l'époque (Jacobs aurait-il osé ?..).
Le choix du décor ensuite : celui du site de l'exposition universelle de Bruxelles en 1958 (j'y étais, bien que gamin !!!...). Sur les traces de nos héros, j'ai pu me souvenir et redécouvrir cet événement majeur et à nouveau parcourir les pavillons les plus spectaculaires (mes parents y ont travaillé !... joie de nombreuses photos et cartes postales retrouvées !...).
Pour l'histoire, celui de Grande-Bretagne est supervisé par Philip Mortimer et se trouve en liaison radio permanente avec la base britannique de l'Antarctique. Les visiteurs du pavillon sont ainsi en connexion avec le sixième continent (d'où le titre).
Mais des précurseurs du terrorisme, une organisation d'origine indienne, ont aménagé sous la glace un laboratoire où, grâce à une technologie avancée, ils vont pirater les ondes et provoquer, à des milliers de kilomètres, d'inquiétants phénomènes électromagnétiques à Bruxelles.
Bien réalisé, passionnant même. Rien à (mé)dire au niveau graphique. Les "réalisateurs" de ce présent opus me paraissent bien être les dignes héritiers du grand Jacobs.
Un premier tome, c'est toujours délicat. Mais celui-ci oublie quand même pas mal de poser l'action, de ménager le suspense : c'est lent et assez prévisible!
De plus, j'ai du mal à adhérer à l'histoire indienne et à la jeunesse de Mortimer. Je trouve que les situations sont fausses, que le scénario traîne en longueur, qu'on a essayé de placer des scènes et des moments choisis, avant de penser aux idées.
Et puis, je ne trouve pas le dessin formidable : Mortimer a parfois une tête bizarre (entre autres).
On est loin du Tome 1 du Mystère de la Grande Pyramide où de nombreux événements s'enchaînent, et où le lecteur est parfois dérouté. Ici, c'est du classique, trop.
Bref, selon moi, c'est le plus décevant des Blake et Mortimer de reprise, ceux venant après la disparition d'Edgar P. Jacobs.
Ca manque d'émotion aussi et surtout: une belle machine, bien écrite et assez bien scénarisée, mais sans éclat ni vibration : dommage quand même !
Bon, on laissera malgré tout une chance au Tome 2 !