Derrière cette couverture signée Frank Miller, se cache une œuvre extrêmement riche au niveau historique et culturel. Il est d'ailleurs indiqué de commencer la lecture par le petit résumé de l’histoire japonaise en fin d'album afin de mieux comprendre le contexte politique du Japon durant la période d'Edo (1600-1868). Tout au long du récit le lecteur est plongé dans l'ambiance d'une époque que Kazuo Koike retranscrit avec brio.
Au fil des 9 histoires indépendantes, rassemblées de manière non chronologique dans ce premier de 28 tomes, on découvre cet étrange duo composé d'un rônin et son fils. "Lone Wolf and Cub" est une histoire de vengeance, celle d’Ogami Itto et de son fils Daigoro, seuls survivants du clan Ogami. On s'attache très vite à ce duo surprenant et la dernière histoire va permettre de mieux comprendre les liens qui unissent ce père et son fils, ainsi que l'origine de leur cause.
Au niveau du graphisme de Goseki Kojima, j'ai eu un peu de mal à m'habituer au début à l'alternance entre les planches crayonnées et au lavis, mais au fil des histoires j'ai fini par beaucoup apprécier le trait détaillé et fin de Goseki Kojima.
Lone Wolf. Lone Wolf & Cub.
Quand je pense aux sommes que j'ai pu dépenser en import pour acheter la version américaine chez Dark Horse Comics...
Un classique, c'est une chose certaine.
La retranscription la plus fidèle en manga du Japon des Tokugawa.
D'un japon moderne donc, pacifié, où les troubles viennent plus des intrigues entre clans à la cour pour se faire bien voir du Shôgun que d'une oeuvre inscrite dans un temps réellement féodal.
Le clan Ogami fut détruit par une de ses manoeuvres de cour pour obtenir un poste de fonctionnaire qu'il détenait génération après génération.
Kozure Okami est donc le récit d'une vengeance.
La vengeance menée par les deux survivants du clan, un père et un fils... Ittô et Daigoro... le duo le plus invraisemblable et donc le plus crédible qui emprunta la voie de l'assassin.
Un travail de titan mené par Kazuo Koike et Goseki Kojima.
Retranscription fidèle d'une époque certes, de son ambiance aussi... le trait est magnifique, entre lavis et crayonné.
Quelques planches travaillée à la sanguine en montrent toute la finesse...
On y trouve aussi les traces du récit populaire.
Récit d'héros sur la route, avec ses passages obligés: les onsens ou sources, la rivalité entre chûnins (bourgeois) et samourais désargentés et hautains, les prostituées (qui, comme le dit Jippensha Ikkû dans son "A pied sur le Tôkaido" -récit de voyage picaresque entrepris par deux vagabonds vauriens et sympathiques- à propos de ces 'filles du pas de tir' sont à vendre pour le prix d'une partie), les moines mendiants, les rônins devenus des brigands...
On y retrouve toute la littérature de l'époque, mais aussi ses saynètes que l'on peut voir sur les peintures des grands artistes.
La chambara (nom des aventures "de sabre"... le terme se réfère à l'onomatopée japonaise utilisée lorsque une arme tranche) se mêle à un esprit de détournement punk: la violence illisible, saccadée, le landeau-engin de la mort, la confiance absolue (utopique?) d'Ogami dans sa quête...
Le réalisme de nos auteurs devient alors plus confus: leur lecture de l'époque, c'est aussi celle d'une société sans morale qui tend à sa perte.
C'est la même lecture que celle de Kurosawa dans ses "Sept samourais" (les seuls vainqueurs à la fins sont les paysans), d'Ihara Saikaku (l'ère d'Edo est avant tout celle des marchands, et les samourais s'entretuent pour des bêtises et maintenir leur rang alors que leur code s'écroule)...
Ce n'est en effet pas pour rien que Miller apprécie tant Lone Wolf, lui qui fut aussi un fossoyeur de mythes, de Batman au roman noir...
Un graphisme magnifique, une oeuvre qui tient à la fois de la grande épopée et de la vision personelle, un récit glorifiant et enterrant à la fois le monde féodal et ses valeurs... la découverte d'une société si différente dans le temps et l'espace...
Autant de raisons de lire ce classique!
Que demande le peuple?
Ce n’est pas un hasard si la couverture de l’album est signée de Frank Miller. En effet ce dernier a été très influencé par cette œuvre, notamment dans sa période Daredevil. Et on le comprend.
Voici une œuvre forte et passionnante, composée de 9 histoires assez courtes, indépendantes et présentées de façon non chronologique. On est d’abord intrigué par la première histoire, voici un héros assez curieux, qui voyage en compagnie de son fils, tueur à gage de son état. Et plus on avance dans les récits, plus on en apprend sur la relation, voir la symbiose qui lie les deux personnages.
Ogami Itto, Lone wolf, est un héros de manga d’un style particulier, de part son métier, déjà , mais aussi et surtout de part la force et l’assurance qu’il dégage. Il y a en lui un côté « le meilleur dans sa partie » à la Wolverine, en plus fort. Il n’est pas non plus sans rappeler le héros des Sentiers de la Perdition : en quête d’une vengeance en compagnie de son fils, mais à la différence de ce dernier, il n’hésite pas à se servir de son propre fils pour exécuter ses plans. La dernière histoire apportant d’ailleurs quelques éclaircissement à cette attitude.
D’un point de vue graphique, Lone Wolf & Cub est aussi très surprenante. Deux styles peuvent coexister dans une même histoire, ; on passe d’une atmosphère assez sombre, avec une surabondance de gris, à, dès la page suivante un graphisme plus clair, des trais nets. Mais ce n’est absolument pas choquant, au contraire, cela apporte un changement de rythme propice à l’histoire. Le mouvement est omniprésent, les scènes d’actions dynamiques et prenantes.
L’action se situant au 17ème siècle au Japon, il est cependant un peu difficile pour un lecteur occidental, même fan de Kogaratsu, de toujours s’y retrouver dans les termes japonais qui émaillent le récit. Mais un petit lexique bien utile se trouve à la fin de l’ouvrage, et même si on n’est pas obligé d’y recourir pour pouvoir suivre l’ensemble, il apporte des éclaircissements lors d’une deuxième lecture.
Il ne faut pas hésiter à franchir le pas, lisez Lone Wolf and Cub.
Etrange titre. Je ne savais pas à quoi m'attendre en attaquant le lecture de ce premier tome que la quatrième de couverture présente comme "un grand classique du manga".
La série se déroule dans le Japon féodal. Les héros sont assez originaux : un ronin expert au combat et son fils de trois ans, Daigoro, qu'il trimballe dans un landau dont les roues couinent. Ce premier volume rassemble neuf récits, tous assez violents : il faut dire que Lone Wolf est un assassin qui loue ses services au plus offrant, sans trop se soucier de la justesse de la cause pour laquelle on l'emploie. Les récits sont indépendants les uns par rapport aux autres.
J'ai pensé à une série comme "Conan le barbare" en lisant ce manga. En noir et blanc, tourné vers l'action, avec un ton adulte, des femmes dénudées, formé d'épisodes liés par la seule présence du héros et sans chronologie apparente : "Lone Wolf" a bien des points communs avec les comics mettant en scène le personnage de R. E. Howard. Mais le cadre du Japon du XVIIe siècle rend la série très différente puisqu'elle se déroule dans un milieu historique, ce qui empêche tout le déploiement de monstres et de sorcières qui peuplent le monde du Cimmérien. Tant mieux : cela lui confère une vraie identité. Les amateurs de "Kogaratsu" se lèchent déjà les babines !
J'ai également pensé à la série "Ronin" de Frank Miller. Il est probable que celui-ci se soit inspiré de "Lone Wolf and Cub" puisqu'il signe ici la couverture de ce premier recueil. Miller a du goût pour cette série nippone ? On le comprend. Les différents épisodes sont très plaisants à lire, les personnages sont assez fascinants, le graphisme est réussi (bien que la présence dans un même épisode de planches au lavis et d'autres qui n'en comportent pas forme un curieux assemblage). La lecture est, au final, très positive.
Jetez un oeil à ce manga. Si vous êtes ou avez été un lecteur de "Savage sword of Conan", je pense que vous allez adorer. Pour tous les autres, vous risquez simplement de passer un bon moment, voire d'être fasciné.
A très bientôt pour la chronique du tome deux puisqu'il est certain que j'ai été suffisamment appâté pour vouloir lire la suite !