Cette série ne fait décidément que se bonifier au fil des volumes. Ce troisième tome, d'une densité remarquable, est le meilleur à ce stade de l'histoire (il ne reste ensuite qu'un recueil qui viendra conclure la saga).
Tezuka n'utilise plus à mauvais escient les faciès déformés des personnages. Les moments dramatiques (et dieu sait s'ils sont nombreux ici !) ne sont plus partiellement gâchés par l'intrusion inopportune de mimiques grotesques. Je ne sais pas si Tezuka a eu vent de critiques sur son travail, s'il a délibérément changé pour s'adapter au ton très grave du récit ou si la discrétion du personnage de Soheï Togué l'a éloigné de ces effets, mais en tout cas, il y a une ceratine évolution du trait. On regrette parfois la petite taille de l'album qui ne rend pas toujours justice au dessin, mais il est probable que ce soit pourtant le format d'origine. Le noir et blanc est bien maîtrisé et les planches s'avalent avec une frémésie de lecture.
Le scénario est vraiment bon. Cette plongée dans l'idéologie nazie, avec une présence d'Hitler à plusieurs moments du récit, montre bien l'embrigadement des jeunes Allemands au sein des jeunesses hitlériennes, à travers l'évolution de la personnalité d'Adolf Kauffmann qui en vient à commettre d'impardonnables atrocités. Le fait que les fameux documents sur la naissance d'Hitler passent au second plan permet une belle réflexion sur la nature humaine et sur les crimes des nazis. La partie consacrée à l'autre Adolf permet, elle, de reparler des documents et de mesurer le fossé qui sépare les amis d'enfance.
On sent arriver un final forcément dramatique ! Mais on l'attend de pied ferme car ce manga est vraiment intéressant et mérite assurément de figurer dans votre bibliothèque.