Cette série est, parait-il, la suite d'autres séries de Batman. Et bien pour le moment, ça ne m'a pas du tout gêné et on ne se sent pas perdu. Je dirais même plus : ça m'a donné envie de découvrir ces épisodes. Car il faut bien le reconnaître, c'est excellent.
L'ambiance de la BD y est pour beaucoup. On a droit à un polar sombre comme je les aime : un mystérieux tueur de flic laisse des messages sous la forme de pendus sur ses victimes. Batman et le récemment promu commissaire Gordon vont enquêter chacun de leur côté pour démêler les fils de l'intrigue. La mise en place est assez lente et très psychologique. Si vous êtes amateur d'action pure et dure, ça risque de vous ennuyer. Pour ma part, j'ai trouvé ça excellent. On s'attarde sur les psychologies dévastées (pour des raisons différentes) de Batman et Gordon : Batman vient de perdre son ami Harvey Dent (devenu Pile ou Face) et Gordon doit gérer ses problèmes de couple. Bref, c'est très crédible et très bien vu.
Ajoutez à ça l'apparition de personnages récurrents de la série comme Nigma ou Catwoman. Mais ceux-ci ne sont pas utilisés pour le plaisir d'être utilisés. Chacune de leur apparition (rare et réussie) a un sens. Vraiment bien foutue cette histoire.
Evidemment, cette ambiance sombre et presque glauque est soutenue par un graphisme qui va avec. Que ce soit au niveau des découpages, du trait ou de la couleur, tout va dans ce sens afin de créer une atmosphère étouffante où se mêlent inquiétude et désespoir. Les couvertures de la série (même si elles sont bien plus sombres que les planches à l'intérieur) illustrent tout à fait cette ambiance.
Bref, un premier tome qui sert de mise en place psychologique. Mais un premier tome excellent qui m'a évidemment donné une très grande envie de lire la suite.
Initialement paru entre 1999 et 2000 en 13 fascicules en VO chez DC Comics, "Batman - Dark Victory" est disponible en 4 volumes en VF chez Semic.
L’histoire commence donc là où Loeb l’a abandonnée à la fin de "Batman - Un Long Halloween" : Holiday et Pile-ou-Face sont incarcérés à l’asile d’Arkham, la pègre de Gotham City a été décapitée avec la mort du Romain, et Batman et le commissaire Gordon doivent maintenant faire face au crime sans le procureur Harvey Dent.
Malheureusement pour Batman et heureusement pour nous, la mafia de Gotham va vite reprendre des couleurs avec la fille du Romain aux commandes. Batman aura donc du pain sur la planche au milieu d’une Sofia Falcone revancharde et d’un nouveau procureur (Janice Porter) qui décide de rouvrir le dossier de Holiday.
Jeph Loeb met brillamment en place sa galerie d’acteurs dans ce nouveau polar qui vient à nouveau mettre à l’épreuve les facultés de détective de l’homme chauve-souris. Le scénario reprend la recette de "Batman - Un Long Halloween", avec un nouveau tueur en série dont l’identité est savamment gardée secrète par l’auteur. En parsemant son récit de plusieurs pistes, Jeph Loeb va à nouveau inciter le lecteur à jouer au détective de Gotham.
Au-delà du polar, Jeph Loeb va également s’attarder sur la psychologie de ses personnages, avec d’un côté un James Gordon promu commissaire, mais dont la vie privée dérape totalement. Et de l’autre côté, un Batman culpabilisant pour la disparition de Harvey Dent et recherchant la solitude. Deux héros seuls et las, qui devront vite se ressaisir afin de faire face à cette nouvelle vague de crimes.
Au final, Jeph Loeb et Tim Sale (égale à lui-même), nous livrent une excellente mise en place, mais parfois un peu lente car revenant souvent sur les événements de "Batman - Un Long Halloween" et donnant le temps à ses héros de cicatriser.
Tout à fait plaisante, la lecture de ce Batman. Il faut dire que j'avais déjà bien apprécié "Un long Halloween", le récit dont "Dark Victory" est la suite directe et qui sera, je l'espère, publié dans la collection Semic Books (mais j'en doute, hélas...).
Le Batman décrit par Jeph Loeb est sombre. Bruce Wayne n'est pas sympathique pour un sou dans ce premier volet, ce qui fait ressortir le côté sombre et hanté du justicier de Gotham.
Gordon paraît plus humain, fragilisé par ses problèmes personnels et pas obsédé par sa croisade contre le crime.
Le scénario est très bien fichu, faisant défiler une galerie de personnages bien connus des fans de Batman (Catwoman, Harvey Dent, Edward Nigma, etc.) qui interviennent à bon escient. Reprenant le principe de sa saga sur Halloween, Loeb confronte à nouveau Batman à un tueur en série dont l'identité reste encore mystérieuse.
Tim Sale, dans le rôle du comparse habituel de Jeph Loeb, occupe la scène avec talent. Son trait est plaisant, fin et original. Le jeu sur les ombres et l'utilisation des couleurs sont judicieux et créent une ambiance graphique réussie.
On referme ce premier volet avec la furieuse envie de lire la suite. C'est évidemment un signe de réussite.
Loeb et Sale nous offrent une excellente aventure d'un Batman classique mais illuminé par un traitement façon polar qui colle particulièrement bien à l'ambiance de Gotham City. En effet Loeb développe un scénario noir efficace avec ses codes et ses personnages classiques : le flic professionnel à outrance dont le couple est en crise, la jeune procureur fraîchement sortie des bancs de l'école, la famille mafieuse qui rêve de venger un père mort, les porte flingues en Armani et bracelets montres en or etc…
Au milieu de ceux-ci, on trouve un Batman en pleine forme, bien qu'en proie à des doutes, avec un poids sur le cœur que rien ne vient effacer. Il délaisse sa fiancée avec un sentiment d'auto-punition : plus que de ne pas vouloir faire d'efforts, c'est surtout qu'il ne peut pas les faire.
Les dessins de Sale sont franchement réussis, jouant sur des couleurs marquées mais jamais agressives et qui laissent une place de choix à des jeux d'ombres et de lumières très efficaces dans la vision gothique de cet univers. Le scénario de Loeb est joué sans fausse note, et présente un ensemble très solide, avec énormément de personnages et de situations compulsés en un seul tome. Cette densité ne nuit jamais à la clarté de lecture, c'est là une vrai réussite qui mérite d'être signalée tant l'histoire est à la fois originale et parfaitement dans l'imaginaire collectif de Batman.
La fin de l'album s'ouvre sur l'arrivée d'un serial killer qui laisse le flic et Batman aux prises avec un nouvel ennemi promettant une suite alléchante.