C’est seulement après avoir digéré le premier tome d’une densité incroyable que j’ai attaqué celui-ci. J’y ai directement retrouvé ce génie au niveau du graphisme et cette densité au niveau du scénario, même si ce deuxième tome se concentre plus sur les trois personnages principaux (Leyla, Amir et Nike) et s’éloigne un peu plus d’autres thèmes comme la guerre et le terrorisme, abordés intelligemment dans le tome précédent.
Le découpage dissociant clairement les trois points de vue (Nike, Amir et Leyla), rend ce tome plus facile à lire. Mais la construction plus réfléchie de ce deuxième tome enlève également un peu du génie non-réfléchie et surprenant du premier tome.
Mais c’est surtout au niveau de l’intrigue que ce deuxième tome m’a un peu déçu (surtout les révélations concernant le Site de l'Aigle), car on se retrouve maintenant avec une approche artistique du Mal absolu (incarné par Warhole) qui est graphiquement splendide mais pas toujours crédible et qui ne répond surtout pas aux questions que laissait ouvertes le premier tome.
Bref, toujours en admiration pour les planches de Bilal, mais moins conquis par le récit, plus lisible, mais ayant perdu un peu de son génie et de sa logique.
Dans "32 décembre", second opus de sa trilogie futuriste, l'auteur mélange de la même façon le dessin (on a même envie de dire la peinture) et le texte (plutôt que de parler du scénario.
Un exercice de style particulièrement bien réussi dans un album très dense. Le graphisme de Bilal est toujours aussi remarquable.
Pour les besoins de ce nouveau récit, il a osé sortir de sa gamme de couleur traditionnelle pour en inventer une autre, toujours aussi marquante, aussi juste.
Juste est peut-être le terme qui convient le mieux à ce nouvel opus qui permet au lecteur, par un découpage très humain, de pénétrer dans le quotidien de ces trois enfants qui ont grandi sans se connaître et qui, on le sent, sont aimantés par une force extérieure surpuissante qui les amènera inévitablement à se retrouver dans le tome suivant.
Mais le chemin concocté par Bilal, et qui mène à cette rencontre, apparaît d'ores et déjà truffé d'embûches...
Du grand art...
Que du bon, du très bon.
Mieux que le "sommeil du monstre", il fallait le faire, il l'a fait...
Cette suite est tout simplement ma BD préférée.
Une première lecture (plutôt contemplation) est nécessaire ne serait ce que pour le dessin (la All White Party, moment d'anthologie...) avant de se lancer dans la découverte d'une histoire à couper le souffle, où les trouvailles scénaristiques et le découpage narratif sont exceptionnels.
On ne sait ce à quoi s’attendre dans le troisième tome (qui doit sortir mi-2006), Bilal a placé la barre tellement haut !
Ca risque d’être tout bonnement démentiel.
Par rapport au premier tome, Bilal s'éloigne des conflits socio-politiques pour se concentrer sur les trois protagonistes de l'histoire, qui tentent de se retrouver afin de rattraper toutes ces années perdues. Tous les trois ne se connaissent pas mais ils s'aiment . Il y a entre eux une sorte de lien sacré, fraternel, inaltérable.
La façon dont est orchestré le récit est formidablement bien pensée : chaque personnage s'exprime durant un certain délai pour laisser place au prochain et ainsi de suite. Mais le plus troublant c'est cette triple entité de Nike. Chacun pense être le vrai, ce qui fait semer le doute dans l'esprit du véritable Nike. Trois protagonistes, trois Nike... mais une seule vérité… celle qui découle de ce fameux 32 décembre dont on ne fait qu'avoir ici une brève apparition et définition et dont on en saura plus lors du prochain tome qui, c'est sûr, nous réservera encore bien des surprises et des rebondissements.
Dans "Le sommeil du monstre" Bilal avait fait preuve d'une incroyable magnificence au niveau des ses dessins, mais il va encore plus loin avec ce deuxième tome. Les traits fuyants de tous les côtés donnent du dynamisme et de la prestance aux dessins, les touches colorées intenses viennent renforcé le croquis et mettre l'accent sur des détails bien particuliers. J'ai adoré les pages "blanches" de la All White Party... elles sont d'une beauté extrême, les contrastes créés par les touches de noirs et de rouge sont saisissant et apaisant, alors que la scène qui s'y déroule est pour le moins violente et macabre... mais justement cela accentue le côté irréel de cette réunion... d'ailleurs aucun être présents n'était pas vraiment "réel".
Un album formidablement agencé, tant par la mise en page (en plus les contours noirs des dessins ont été supprimés, de ce fait les croquis respirent plus), que par la narration ou les illustrations "parfaites".
Alors évidemment, on ne peut pas ouvrir un album d’Enki Bilal, et s’attendre à une BD comme les autres,… non, ce n’est pas possible, on sait bien que ce sera original, qu’il y aura ce quelque chose qui fait que chaque œuvre de l’artiste est unique et si particulière… Mais après un premier tome comme Le sommeil du monstre, on se dit : « OK, ça va être génial, mais se sera comme le précédent », et bien c’est mal connaître Bilal que de penser ça…
Après un premier tome génial, Bilal revient avec un deuxième tome… extraordinaire. Ce n’est pas une suite que nous avons là, non c’est bien plus que ça. D’un point de vue scénaristique, cet album est un des plus originaux, et élaborés que j’ai eu l’occasion de lire depuis… et bien depuis toujours je crois… C’est une perle scénaristique, que ce soit au niveau de l’histoire ou du style narratif (3 narrateurs distincts), et on se demande comment cela a-t-il pu être imaginé par un Homme…
Graphiquement, après la baffe du premier tome, on n’était prés à tendre l’autre joue, et bien, c’est encore plus beau, plus réussi, et je trouve plus poétique encore… Il n’y a pas à dire, Bilal est un dessinateur inimitable, mais là il est vraiment au sommet de son art… enfin je parle sans doute trop vite connaissant l’artiste… Les couleurs sont toujours aussi belles, et on s’engouffre dans son histoire comme soumis à l’action de quelque drogue ou stupéfiant…
L'espoir était grand à la fin du Sommeil du Monstre, qu'il puisse s'agir d'une véritable oeuvre maîtresse de la bibliographie de Bilal, une oeuvre à même de surpasser toute sa production précédente.
De bout en bout et sur tous les plans, cet album longtemps attendu atteste d'une maîtrise total de l'auteur.
Au niveau de la narration dans un premier temps. Bilal choisit cette fois de nous présenter son histoire à travers les yeux de ses trois personnages principaux, qui se retrouvent au coeur d'une vaste machination dont tout ne nous est pas encore révélé. Ce triple je est mené de main de maître. A aucun moment on ne se sent perdu car Bilal sait nous faire passer de l'un à l'autre sans décrochages brutaux.
Niveau graphique, on se retrouve face à un album encore supérieur au précédent. Mais où s'arrêtera donc Bilal. Son univers graphique se bonifie d'album en album, ses personnages se font de plus en plus vivant, et certaines scènes de l'album prouve au lecteur que Bilal va loin, très loin. La scène absolument hallucinante de la All White Party lui donne ainsi l'occasion de s'essayer a la maîtrise du blanc et des univers monochromes, essaie dont il ressort avec les galons de maîtres.
En bref, un album comme il en sort trop peu, une pure merveille de bout en bout, un must, certainement l'un des albums les plus aboutis de ce début de siècle.
Je suis totalement subjective sur Bilal, ses œuvres antérieures sont mes livres de chevet, s’agissant de « la ville qui n’existait pas », en passant par « partie de chasse » , ou « le vaisseau de pierre » sans oublier l'historique « trilogie Nikopol »
j’aime ses convictions humaines, son esprit et ses idées, et de plus en plus l’évolution de son graphisme, que ce soit les couleurs ou le trait, la symbiose de ces éléments a ébloui ma lecture..
Concernant cette dernière composition il me semble tenir une maîtrise de son talent, il a fait de la guerre et de l’importance de la mouche et du savant fou la dimension de son histoire. J’ai passé beaucoup de temps à contempler chaque planche et chaque expression, tous les fondus et déliés.
La trame de fond, toujours politique et fiction, prend cette dimension qui est propre à l’artiste, celle d’une humanité déchirée entre les extrèmes. et des personnages investis dans leur rôle d’anti-héros.
On découvre ici des horreurs sur les actes de guerre, de terrorisme, d’art, de culture, de science et d’amour. Tout ce dont l’homme est capable…
Et pourtant un certain espoir se dissimule derrière chaque action des personnages.
L’hermétisme transparaissant de cette œuvre est évident et je comprend qu’il y ait parfois un blocage pour certain lecteur. Mais Bilal est ainsi, un trait, une main d’artiste dont l’esprit suinte comme certaine de ses couleurs.
Je crois qu’à ce niveau de style, on aime ou pas, mais cela ne peut laisser indifférent.
Des années d’attente pour ça !
Eh bien vraiment moi je dis bravo !
C’est graphiquement époustouflant, littéralement surréaliste et vraiment au dessus du lot. Une maîtrise totale et globale de la couleur directe, des tons pastel et du cadrage. Tout y est œuvre d’art. Chaque case mérite qu’on s’y attarde pour admirer le fourmillement de petits détails et la façon dont Enki Bilal donne corps à son dessin, il ne dessine pas seulement avec des pinceaux, mais aussi avec son corps, sa tête, ses doigts. Les quelques planches de la soirée all white sont impressionnantes, le rouge du sang y étant la seule couleur il parvient pourtant à donner du relief à ses personnages, multiplie les bonnes idées et les trouvailles graphiques.
Toujours cette récurrence de thèmes animaliers totalement maîtrisés, on y voit des poissons volants, des chats minuscules et des mouches !
Mais au delà de ces prouesses graphiques à chaque case, on a aussi une maquette vraiment réussie, avec des coupures de presse qui agrémente à merveille cette intrigue parfois politiques et la façon de couper et de d’annoncer de quel personnages on parle donne des repères pas si superflus que ça pour le lecteur qui pourrais ce perdre dans ce méandre instauré par un scénario un peu spécial.
Déjà introduit par le « Sommeil du monstre », l’histoire continue et développe des aspects l’intrigue que l’on aurais pas attendues jusque là. On suit toujours le périple des trois personnages qui tentent encore de se retrouver, mais certains personnages que l’on croyait disparus ne le sont pas vraiment et plus qu’une dualité, c’est une multitude de mêmes personnages qui en fait peuple ce monde.
On parle un peu du don d’ubiquité et de sa grandeur, mais aussi de l’origine du monde, du rôle de la mémoire. C’est certes pas très explicite mais après quelques lectures, on découvre ou l’auteur veut nous mener. Et il le fait de manière tout à fait bien pensée.
Un album complet, puissant aussi bien au niveau de graphisme que de l’histoire et de la réflexion. C’est, je me l’accorde pas une BD très facile à lire ni à comprendre au premier abord, mais un peu de persévérance donnera toute sa grandeur à l’effort fournit et on se plaira à relire cette fresque grandiose !
On oublie bien vite les années d’attente, en espérant toute de même que la suite et fin arrivera assez tôt, tout en sachant que pour atteindre un tel résultat graphique, il faut du temps, beaucoup de temps…
J'ai pu lire dans l'un des avis sur "le sommeil du monstre" que cette bd pourrait devenir culte si les suites assurent, voilà qui est fait. Dans ce second tome Bilal transcende son récit et nous livre une oeuvre complexe, torturée, d'une richesse inouie et qui n'a pas encore dévoilé tout ses secrets loin de là. 32 décembre et le sommeil du monstre sont indissociables et forment un tout, c'est avec des oeuvres de ce calibre que le 9ème art peut être considéré comme un art majeur. En bref, j'ai aimé mais je comprend très bien qu'on puisse rester hermétique à la folie du sieur Bilal. A lire assurément.
Petit retour sur ma critique hautement subjective écrite juste après la lecture de la bd : soit tout comme moi vous plongerez corps et âme dans ce récit, soit vous resterez à la porte, question de sensibilité. Ce que j'ai apprécié est le côté fortement non-réaliste de l'histoire, effet accentué par les dessins. Bilal n'essaie plus d'ancrer son récit dans le réel mais nous fait découvrir les évènements à travers les yeux des différents protagonistes de manière subjective. Et on remarque d'ailleurs que comme le lecteur, les héros sont davantages témoins des évènement que véritablement acteurs. Bravo donc à Bilal de nous faire entrer dans la peau de 3 personnages différents et de nous donner ainsi un aperçu de la schizophrénie
Après avoir relu « Le sommeil du monstre », c’est avec ardeur que je me suis jeté sur « 32 décembre ». Et je n’ai pas été déçu… Le graphisme si particulier de Bilal atteint ici des sommets, bien qu’on puisse le trouver assez peu dynamique et plutôt figé, exprimant peu le mouvement, mais le moins que l’on puisse dire est qu’il est superbe, à la fois extrêmement travaillé et donnant une impression de croquis, certainement original, et parfois très lourd de symboles (trop lourd, pense-t-on parfois).
La narration de l’album est – comme son prédécesseur – très particulière. Aux phylactères des personnages, parfois presque anecdotiques, s’ajoute une narration très dense, jamais redondante, qui fait très roman. Comme si cela ne suffisait pas, le découpage en trois points de vue (Nike, Amir et Leyla), complètement maîtrisé lui aussi, est original dans sa forme à défaut de l’être dans son principe. Saupoudrez le tout de quelques coupures de journaux, et vous aurez une narration originale, mais surtout complètement déterminée par l’auteur.
En effet, cet ouvrage est d’une complexité dans les thèmes abordés qui se révèle stupéfiante. Je prendrai pour exemple le thème de l’identité : deux doubles de Nike ont été créés, tous deux se croient être le seul et véritable Nike, et lui-même doute d’être l’original… Cette thématique (également abordée de manière plus anecdotique et poétique dans « Naciré et les machines », de Pontarolo) est traitée ici avec une telle virtuosité qu’elle m’en a laissé la gorge serrée, sans voix aucune. Mais elle est loin d’être la seule : Bilal pioche parmi ce dont il a besoin et créé un tout extrêmement riche et dense, tout en conservant une lecture très fluide et agréable.
Ce deuxième tome révèle malgré tout quelques petites… choses qui tempèrent (légèrement !) mon enthousiasme… Comme le docteur Warhole, qui de méchant sinistre, calculateur, inquiétant et mystérieux dans le précédent tome, passe ici plutôt pour un fou, un méchant un peu caricatural façon comics…Comme l’intrigue du site de l’Aigle, qui – en attendant bien sûr la suite qui confirmera ou infirmera cette impression – s’avère être très classique dans sa forme… Comme encore le côté « mémoire absolue » de Nike, qui ici disparaît alors qu’il fondait « Le sommeil du monstre »…
Enfin… Cette série d’une grande densité, d’une qualité réelle, d’un graphisme superbe, me semble pour l’instant absolument incontournable. Par contre, sa complexité et sa maîtrise même me semblent ne pas la destiner à l’amateur occasionnel qui ne pourra en apprécier qu’une petite partie. (… comme moi à la lecture du tome 1…)