Si "Les temps futurs" porte bien le numéro 2 dans la série "Phénix", il aurait tout aussi bien pu être un one-shot car il y a peu de liens avec le premier tome. Si vous avez ce tome 2 entre les mains sans avoir lu le précédent, vous devez ressentir une vague de bonheur qui vous envahit. Et si vous avez lu et apprécié la première livraison, rassurez-vous : le contexte change mais la qualité demeure.
Tezuka abandonne le monde ancien de l'épisode inaugural pour se consacrer, comme l'indique le titre avec une clarté qu'il faut lui reconnaître, aux temps futurs. Les personnages ne sont plus les mêmes, le contexte est tout à fait différent, mais l'oiseau de feu sert de fil rouge. Et plus encore, c'est le talent de conteur de Tezuka qui fait merveille, ce qui fait qu'on accepte sans le moindre remord toutes ces évolutions : que le maître nous emmène où il le veut, tant qu'il nous raconte une histoire !
Dès les premières planches, Tezuka met en place son monde futuriste et pose les bases d'une intrigue prometteuse. Il faut lire l'album pour être pleinement séduit par la capacité hors norme de ce mangaka à raconter. Le graphisme n'est pas extraordinaire (il peut même rebuter, sans doute) d'autant qu'il a vieilli, mais cela paraît très secondaire par rapport au plaisir qu'on a en découvrant le récit imaginé par l'auteur. Il y a sans doute chez Tezuka quelque chose de commun avec le prolifique Joann Sfar : tous deux ont un plaisir à imaginer et à mettre en scène qui se communique avec limpidité.
Dans un genre différent du premier tome, ce deuxième album est tout aussi agréable à lire. Décidément, cet auteur a du talent !
L'histoire de ce tome change du tout au tout par rapport au tome 1. On passe du IIIe siècle antique au IVe millénaire futuriste (en l'an 3404 pour être précis). On se retrouve dans une société en perdition, soumise à la dictature de super-ordinateurs égoïstes et trop sûrs d'eux.
Le début de l'histoire, racontant la fuite d'un couple que les forces de l'ordre d'une cité veulent éliminer puis comment les choses escaladent jusqu'à la guerre totale entre les cités, est assez peu original dans le monde de la SF, d'autant plus qu'il est parfois raconté avec une naïveté un peu ennuyeuse. On persiste à ressentir l'impression que l'auteur adresse cette histoire à la fois à des enfants et à des adultes, sans savoir comment osciller entre un style et un autre. Le tout est relativement bien traité (notamment la relation entre le héros et le Moopy, une créature qui a pris la forme d'une gentille jeune femme et dont le héros est amoureux) mais ne m'a pas captivé pour autant.
Quant à la seconde moitié de l'histoire, quand le héros est devenu immortel et doit regarder les choses évoluer sur Terre pendant des millions d'années, elle est plus originale. Cela devient alors une reflexion sur l'évolution naturelle, sur la société, sur la façon dont les erreurs se répètent indéfiniment.
Le tout est assez original, même si également déjà traité dans d'autres oeuvres de SF, mais à nouveau je n'ai pas été totalement captivé.
Quant au traitement et à la narration de cette histoire, elle est encore assez originale. L'humour et les clins d'oeil (voire le délire) sont moins présents que dans le tome 1 mais apparaissent toujours par-ci par-là histoire de rappeler au lecteur qu'il ne doit pas prendre tout ce qu'il lit trop au sérieux, que ce n'est qu'une histoire et qu'on peut toujours en rire. Et concernant les dessins et la mise en page, elle est également pleine de subtilités, d'originalités et de trouvailles, mais toujours rien qui aurait pu me sauter véritablement aux yeux et me faire oublier que je n'aimais pas le trait du dessin de Tezuka.