Le moins que l’on puisse dire est que l’on ne peut rester indifférent(e) à Presque. A mille lieues de la production actuelle de Larcenet. Car on a là un livre écrit avec les tripes, un pur cri de colère transformé en mots, en images sur le papier. En préambule l’auteur nous dit qu’il n’a plus la rage, mais le contenu du bouquin le contredit.
C’est très haché, brut, et Larcenet a carrément changé de style pour nous raconter cette triste anecdote du temps où il était militaire. Les interludes au style trondheimiens donnent de prime abord l’impression de respiration, de légèreté, mais l’effet est inverse. On nous montre crûment la détresse d’un pauvre gars subissant la sottise de la grande muette. Cette histoire a réveillé quelques souvenirs déplaisants en moi…
Larcenet est vraiment bon pour faire passer les émotions : au long de cette BD, il a su me faire ressentir successivement sa déprime, son angoisse, me faire rigoler, me faire aussitôt replonger dans le sérieux, puis rire à nouveau mais jaune, puis montrer à quel point il veut sortir de ce cauchemar qu'il a vécu, etc... C'est raconté tout simplement mais l'émotion passe carrément.
Je n'aime pas trop le dessin. Bon, j'aime bien les p'tits bonshommes rigolos quand il s'agit des scènes plus drôles ou des scènes "simplifiées". Mais les scènes "noires" sont justement trop noires, trop "tâches d'encre" pour moi. C'est un goût perso même si j'admets que ça colle parfaitement avec le sujet.
Ensuite, outre les émotions qui passent (la grande réussite de cette BD), l'histoire est intéressante et relativement prenante. Mais en fait, ça se résume assez vite, il s'y passe assez peu de choses et la lecture est assez rapide. Et surtout, je doute que ce soit une BD qui se relise vraiment.
C'est pourquoi, malgré un bon moment de lecture et une joie de découvrir encore un peu plus de la personnalité de Larcenet, je trouve cette BD "seulement" pas mal, parce qu'elle ressemble à mes yeux à un "petit" témoignage intense, mais pas une oeuvre complète, dense et qui se suffit complètement à elle-même.
Décidément, j'adore ce que fait Larcenet, tant dans ses productions humoristiques que dans ses ouvrages plus "graves".
Loin du style fluide glacial, Presque est un album très intimiste et très sombre. Celui-ci raconte combien le service militaire a été une rude épreuve pour l'auteur, et lorsque vous fermez cet album, vous ne pouvez que comprendre et partager les vieux démons de Larcenet.
Un très bel album donc, qui est mis admirablement en avant par des dessins noir et blanc (plus noir que blanc d'ailleurs) tantôt simples, tantôt "brouillons" (ce n'est pas péjoratif !) débordants d'émotions.
Alors là je suis épaté.
Dans cet album on rentre carrément dans l’esprit de Manu larcenet, et ça nous prend aux tripes… En effet Larcenet choisi dans cet album d’illustrer et de raconter son service militaire, période visiblement très sombre de sa vie… Une période de son existence dans laquelle lui et d’autres individus, soldats, ont agit comme des mouton face aux ordres de hauts placés complétement givrés et beuglants.
Ainsi il se livre sans concession sur cette partie de vie qui – forcement – laisse des cicatrices et nous montre comment, dans les endroits dit « disciplinaire », l’homme peut perdre tous ses droits et devenir un mouton qui doit obéir et se la fermer… comment l’homme peut être incompris face à ses proches (le dialogue terrifiant entre lui et sa mère qui ne comprend que son propre fils se fait bouffer à petit feu et souffre !).
Une histoire très bien relevée par un graphisme haut de gamme, très en adéquation avec la noirceur de l’album, des vignettes sombre, des scénes très expressionnistes… de gros coups de pinceaux traduisant la violence de la scéne et la haine du dessinateur. Talentueux !
C'est une oeuvre "coup de poing" qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.
L'écoeurement vous prend à bras le corps et ne cesse de grandir au fil des pages. Larcenet a traduit l'indescriptible et a su mettre des mots et des images là ou nombres d'entre nous ne font que serrer les poings en y repensant.
Je croyais avoir digéré cette période, mais cet album a fait remonter des souvenirs nauséabonds et je dois dire qu'en le refermant je n'ai pu que constater que ma haine était intacte.
Merci Monsieur Larcenet d'avoir traduit ce que nous avons vécu dans certains régiments "disciplinaires" même si je crois hélas que seuls ceux qui l'ont vécu pourrons comprendre et surtout croire.
Presque est un album de Larcenet qui se range aux côtés de productions comme l'Artiste de la Famille ou encore Dallas Cowboy. Beaucoup plus introspectif, beaucoup plus noir, Larcenet se dévoile dans ces albums: ses états d'âmes, ses angoisses, ses cauchemars. A travers Presque, il fait le récit de son propre service militaire. Et c'est tout simplement saisissant.
Je n'ai moi-même pas vécu le service militaire, mais Larcenet à travers ses souvenirs en dresse un portrait pas très différent de ce que j'imaginais. L'annihilation de la personne, de ses droits, annihilation qui va jusqu'au transformer l'être humain en une machine dressée à obéir aveuglément et surtout dressée à se taire et à subir encore et encore.
Larcenet donne donc vie à un récit qui estomaque, un récit qui vient se graver au fer rouge dans l'esprit du lecteur. Le tout desservi par un graphisme noir et blanc qui alterne le trait de Larcenet dans des séries comme Bill Baroud, avec un trait plus cru, beaucoup plus sombre aussi, qui auréole le récit d'une noirceur incomparable.
En définitive, un album à part dans la production du sieur Larcenet, mais un ouvrage comme on aimerait en lire plus souvent. Tout simplement saisissant, car profond et réfléchi.