Cette BD a d'énormes qualités et originalités : je suis presque navré que toutes ces qualités soient utilisés pour raconter une telle histoire.
Dès le départ, j'ai adoré le dessin et la narration.
L'expérience narrative innovante de Jimmy Corrigan est très réussie à mes yeux. Je l'ai découverte en passant une bonne demi-heure à lire et déchiffrer ne serait-ce que la couverture dépliable de l'album aux éditions Delcourt. J'ai aimé l'aspect ludique d'une telle construction et d'un tel agencement d'informations visuelles. D'ailleurs, l'aspect ludique s'en ressentait d'autant plus pour moi que le dessin me rappelait le style d'icones informatiques, de jeux tels que Sim City ou autres animations Shockwave. On se perd parfois dans la somme d'informations qui nous sont transmises ainsi mais j'ai personnellement beaucoup apprécié cette narration, même si elle implique un certain surnombre de cases et de pages pour raconter un récit qui, sous une forme de BD classique, contiendrait davantage d'ellipses et moins de détails.
J'aime également beaucoup le dessin et la colorisation. J'adore cet aspect épuré et iconique. Certains décors, tout simples, m'ont vraiment touchés. La petite ville de province, les décors de Chicago sous la neige, et surtout l'exposition universelle m'ont vraiment charmé. Malgré un certain manque de perspective par moment, je trouve que la plupart des planches sont vraiment excellentes. Il n'y a que les personnages que je n'aime pas tellement, tous moches, gras et manquant d'esthétisme à mes yeux.
Et ce sont ces mêmes personnages, et bien sûr celui de Jimmy Corrigan lui-même, qui ont plombé mon plaisir de lecture, comme beaucoup d'autres lecteurs de cette BD à ce que je vois. Son apathie, ses traumatismes, son absence totale d'estime personnelle sont irritants et déséspérants au possible. Ce n'est plus des claques qu'on veut lui donner mais c'est une vraie haine et une violence qu'il m'inspire, plus que de la pitié.
Malgré cela, le récit aurait pu être vraiment captivant car tellement bien raconté - si ce n'est quelques digressions fantasmatiques assez dispensables à mes yeux-. Mais cet énorme pavé littéraire qu'est Jimmy Corrigan se révèle raconter une histoire relativement courte au final, toute entière portée sur la démonstration de la médiocrité d'une famille de père en fils, sur les relations catastrophiques entre des pères successifs et leurs fils, sur l'incapacité de Jimmy à se prendre en main et à transformer sa vie en autre chose qu'une suite de peurs, de traumatismes et d'impuissance morale. C'est un récit plat, frustrant, déséspérant, qui progresse très peu en tant de pages d'album. Une grande quantité d'information passe du livre vers le lecteur, et avec elles une certaine dose d'humour malgré tout, mais tout cela ne mène quasiment à rien, rien d'autre que de comprendre à quel point Jimmy gâche sa vie.
J'aurais tellement aimé qu'un tel dessin et une telle narration raconte quelque chose de plus passionnant.
Un bel ouvrage dont je conseille l'achat aux grands amateurs de BD malgré son prix très élevé (l'édition Delcourt est un vrai petit bijou), mais dont le récit n'est pas à la hauteur de l'innovante narration à mes yeux.
J’avise cet album de mémoire, après une lecture, d’une (longue) traite il y a 2 ans. Le souvenir qu’il m’en reste est celui d’un album extrêmement dense, d’une atmosphère pesante, d’une impression constante qu’il n’y avait aucun espoir de vie meilleure pour ce pauvre Jimmy, tant il était empêtré dans sa névrose.
La lecture de cet album, hors norme à plus d’un titre mais je ne vais pas y revenir, d’autres l’ont très bien décrit avant moi, a été assez éprouvante, car dès les premières planches, en raison sans doute, des parti-pris graphiques de Cris Ware, on est totalement immergé dans le morne quotidien de Jimmy Corrigan, et lorsque l’on referme le volumineux album, après plusieurs heures de lecture, on est comme contaminé par cette névrose, cette inaptitude à vivre, ressentir et exprimer des sentiments, dont souffrent à des degrés divers trois générations de Corrigan.
A ce titre, le scénario, pas toujours facile à suivre (les vies des trois hommes alternent et se croisent, il me semble) est d’une grande intelligence dans son approche psychologique des personnages. Tout y sonne juste. Par ailleurs, il me semble que le contexte historique n’est pas laissé pour compte, ce qui aère un peu le récit.
Au début de l’album, j’avoue avoir ressenti une vive antipathie pour le morose, apathique et timoré Jimmy, j’avais envie de le secouer, mais au fil des pages, sans vraiment m’attacher à lui, j’ai commencé à avoir un peu mal pour lui, et, sans vouloir dévoiler la fin, je dois dire qu’elle m’a serré le coeur. Voilà, il s’agit donc d’une oeuvre forte, passionnante, bien qu’un peu froide et austère à l’image de la vie de son personnage principal, qui ne plaira sûrement pas à tout le monde, mais qui mérite d’être lue.
Dès que j'ai vu cette BD, je me suis précipité dessus, en ayant entendu le plus grand bien.
Il y a beaucoup de choses bien dans Jimmy Corrigan : c'est une histoire poignante, bien racontée, qui puise parfois dans des choses qu'on peut tous avoir vécues. Le dessin est très particulier, figé, expressif, mais extrêmement travaillé.
Mais ces qualités ont leur revers. C'est long, parfois un peu chiant (contemplatif), il y a parfois des "blancs" narratifs qui ne se justifient pas vraiment. On a un peu l'impression que ça aurait pu être raconté en deux albums de 46 pages... Quant au dessin, eh bien il est justement figé, trop froid...
Mais le plus important, c'est que Chris Ware invente la BD, enfin, les comics, par le biais de ce format, de ce type de narration, tous novateurs. Je tire d'ailleurs mon chapeau à l'équipe des traducteurs/adaptateurs, car ce devait être un sacré boulot, qu'ils ont su mener à son terme, et avec brio.
Mais malgré ces qualités, ce vent nouveau, je n'ai pas su être touché par Jimmy Corrigan. J'ai passé un bon moment de lecture, mais guère plus.
J’étais un peu passé à coté de "Jimmy Corrigan" à sa sortie, sans doute repoussé par son prix exorbitant. Et puis récemment, j’ai lu au dos de "Blankets", autre grosse pointure du comics americain : « …probably the most important graphic novel since Jimmy Corrigan ». Assez pour me convaincre d’investir dans ce pavé.
Pavé surtout connu pour son côté expérimental, presque OuBaPien : découpage original, narration expérimentale au possible, page à découper/coller… Pourtant ce genre d’esbrouffe me laisse assez froid. Je dois avouer que le contenu d’une BD est pour moi beaucoup plus important que sa forme. Alors oui "Jimmy Corrigan" est un bel objet et innove sur plein de points, mais si l’histoire n’avait pas suivi, ça n’aurait été pour moi qu’un beau gâchis.
L’histoire, elle, met du temps à démarrer. Ou plutôt c’est moi qui ai mis du temps à y rentrer. J’ai trouvé les 50 premières pages rébarbatives, confuses et lentes. Puis petit à petit, je me suis acclimaté à cette ambiance malsaine, à cette routine de looser, à cette famille tellement pitoyable qu’on en viendrait presque à les aimer. Et à partir de ce moment, impossible d’arrêter ma lecture avant la dernière page. J’étais tout simplement touché par le ton très juste employé par Chris Ware, qui apparemment base son histoire sur son expérience personnelle. Comme le dit Piehr plus bas, l’utilisation des silences est parfaite. J’ai eu le cœur serré pendant plusieurs heures après avoir terminé ma lecture, ce qui est sans doute le plus beau compliment que je puisse faire à ce genre d’œuvre.
Une belle BD sur les difficultés engendrées par les relations familiales… toutes les relations familiales. On y retrouvera sans doute tous des bouts d’expérience personnelle. A lire, mais seulement à condition que vous soyez prêt à vous investir, à faire l’effort d’entrer dans cette histoire à première vue froide et ennuyeuse.
Le mot qui correspond le plus à cet album est original.
Je commencerais par le graphisme qui est peu commun avec des planches de forme allongées, les cases sont petites parfois grandes, il y a beaucoup de diversité. Pour ma part j'ai beaucoup apréciée cette minutie, l'écriture délicate, les dessins dans de toute petites cases. Cette album est comme un jeu qui commence dès la couverture des messages y sont inscrits, des schemas et des jeux imaginaires de découpage et de collage.
Voilà ce qui m'a plus, donc en gros la conception de l'oeuvre.
Et voici ce qui ne m'a pas plus... que c'est triste... j'aurais tant voulu que cela ce termine autrement, que le looser devienne un winner, que tout ce termine bien ou mieux que le commencement. Autre point négatif....
On a du mal à se retrouver sur les generations des Corrigan ce qui est un peu decevant, on passe d'un individu à l'autre qui ce differencie que par l'âge et là encore ses decendants n'ont pas eu beaucoup de chance.
C'est donc une oeuvre qui mérite un 3 surtout pour sa forme et non pour l'histoire vraiment trop triste et trop brouillon à mon goût.
Jimmy Corrigan, sans être complètement novateur et exceptionnel, est un album très original, et le moins que l'on puisse dire c'est que son auteur va jusqu'au bout de son concept : couverture dépliante double face remplie de choses ; conseils aux lecteurs en 2ème de couverture, façon "contrat d'assurance", écrit en tout petit et dans tous les sens ; mentions légales intégrées à l'histoire (dans l'histoire, vers la page 30...) ; etc. Tout est lié à l'oeuvre, le souci du détail et de l'utilisation du médium poussés très loin.
Les planches sont d'apparence très particulière. Format à l'italienne atypique, la plupart des cases sont minuscules (environ 2cm de côté) et disposées de façon assez originale. La lecture en est d'abord gênée, puis on comprend le fonctionnement et elle devient fluide. Bon, point noir, les textes sont minuscules, et même avec de très bons yeux (ou lunettes), la fatigue visuelle arrive rapidement (et en plus il faut tenir les 380 pages...).
Les "interludes" -- maison à découper et monter soi-même, avec conseils d'assemblage par exemple -- sont sympathiquement bienvenus, drôles, et modifient assez profondément le rythme du récit, interrompant l'immersion du lecteur dans l'histoire. On remarquera quand même que si jamais quelqu'un voulait vraiment les découper, il ne pourrait monter que partiellement les objets, puisque les pages sont imprimées en double face. Eh oui !
Le ton général de l'album est extrêmenent cynique, et même un peu glauque parfois. On le constate dès le tout début (conseils de lecture) : l'humour de Chris Ware est (ici) très particulier, mais aussi très prenant. De fait, l'ambiance est englobante, on est aspiré dans cet univers.
Le fait d'entremêler rêves, fantasmes, et histoire(s) sur 4 générations donne un résultat dense, qui pose malheureusement parfois problème pour s'y retrouver...
Je ne parlerai pas du dessin, au style très particulier, un peu rebutant au début, mais très efficace.
Au final, cette oeuvre originale et intéressante ne m'a cependant pas complètement convaincu : sans parler d'indifférence, je suis resté relativement détaché du total looser qu'est Jimmy Corrigan. De plus, le prix de cet album est tout simplement rédhibitoire.