Le problême du "Le dérisoire", c'est bien sur de parler de son scénario alors qu'il s'agit avant tout d'une fable, d'un rêve.
Le graphisme, dont on a vanté les qualités, est effectivement très beau. Ses dominantes colorées variant au ryhme du ton de l'histoire.
Quelque part, les couleurs du "Le dérisoire" en sont le vrai poul.
De ce point de vu, il s'agit dune claire réussite.
Malheureusement, j'au eu du mal à entrer dans ce rêve d'un capitaine scotché à un navire en éternelle construction -comparé à un poids terrible sur ses épaules.
Qui découvre? Qui découvre quoi exactement? Le rêve, la vie? La mort?
Un peu de tout ça.
On peut toujours interpréter l'histoire, et son aspect oniriquz s'y prête bien.
Il n'y a ici nul dirigisme dans ce qu'on devrait penser.
Maintenant, quelques facilités ont été prises: l'architecture sombre du bateau-machinerie qui broie l'homme (avec le jeu des escaliers infinis p. 13 faisant penser à Escher (l'artiste aux escaliers tortueux, repris partout depuis le "Nom de la Rose"), la représentation de la luxure p.38-39 (les classiques masques à la vénitienne, concertistes nus, monocle, mélange hommes-animaux dans un même espace rendu ainsi bestial... on est pas loin de la scéne de la "Chûte de Brek-Zarith" dans Thorgal), le jeu navire-machine contre navire-plaisance...
Je ne vais pas plus m'attarder dessus, mais il y a un côté cliché un peu pesant parfois, qui plombe du coup le rêve comme le navire broie le capitaine.
Au final, un gout un peu mitigé, mais on garde à l'esprit cette histoire du capitaine et de son "Le dérisoire". Quelques images, une référence, qui font que cette oeuvre reste marquante malgré ses défauts.
Oui, le dessin en tant que tel est superbe, une véritable peinture. Mais il faut également compter avec les personnages, superbement étudiés et bien rendus : le capitaine, avec sa transformation magistrale, le fourneau, bluffant de par la part qu'il laisse à l'imagination, les fantômes, tour à tour volatiles et consistants. Le décor et ses ambiances, ses effets de lumière superbes ! La mise en scène, soigneusement étudiée, choisie et rendue (regardez la troisième case de la première planche ! Ne dirait-on pas un monstre prêt à engloutir le capitaine ?). Tout cela forme un ensemble complètement cohérent avec l'histoire (qui me fait fortement penser à "Le colporteur", de Tirabosco), onirique, métaphorique, qui se laisse lire au premier degré ou décoder selon la fantaise du lecteur. Rarement dessin et histoire auront été si dépendants l'un de l'autre !
En tout cas, je suis sous le charme !