Le dessin dans ce tome 2 est extraordinaire, en particulier dans la partie où Siméon erre dans la campagne russe, au milieu des morts, sous les regards avides des oiseaux, au milieu de villages déserts...
Le récit emprunte une autre direction, et nous permet de suivre cette fois-ci notre héros malgré lui dans ses pérégrinations rurales. La détresse des paysans est telle qu'ils sont obligés de tuer des chevaux pour pouvoir manger. Ils sont même réduits à jouer les charognards... La scène de la bataille en plein champ est à cet égard incroyable.
C'est une vision étonnante de l'après-Révolution qu'il nous est donné de voir, d'autant plus que Rabaté remplit les interstices entre les épisodes narratifs.
On avait quitté un Siméon Nevzorof riche mais prêt à fuir vers le sud à la fin du premier tome. Un Siméon maître de sa destinée avec une perception originale et optimiste de la révolution russe.
Par contre, dans ce deuxième tome on va retrouver un Siméon légèrement victime de son destin, un Siméon à l’agonie qui devra même voler les vêtements d’un mort pour se vêtir. Et si c’est son destin (inculqué par une voyante tzigane) qui le guidait dans le premier tome on pourrait dire qu’ici c’est plutôt son instinct de survie qui va le guider, même s’il est toujours convaincu qu’une destinée pleine de richesses l’attend.
Le dessin est toujours aussi magistral. Un dessin noir et blanc qui nous plonge dans une ambiance malsaine et de misère. Des personnages étirés et des perspectives bizarres qui accentuent cette envie de fuir cette ambiance de misère et la fuite de Siméon. Du grand art.
C’est avec plaisir qu’on va suivre les hauts et les bas de notre pseudo comte Siméon Nevzorof, fuyant les bolcheviks. Et au plus haut il grimpe, au plus bas il tombe, mais comme le dit un sage proverbe : le plus important n’est pas la profondeur à laquelle on tombe, mais la hauteur à laquelle on rebondit. Et, tel le Phénix, Siméon renaît à chaque fois de ses cendres, prêt à accomplir la destinée de celui qui est né sous le signe de l’IBICUS.
Suite des aventures de Siméon Nevzorof... Celui-ci fuit, comme il le peux, les Bolcheviks tout en essayant de jouir de son pseudo-statut de comte. Mais être comte et faire des affaires en ces temps troubles n'est pas chose aisée.
Dans ce deuxième tome d'Ibicus, l'histoire commence à se tranformer en "road movie" au fil des malheurs de Siméon. En effet, si le tome 1 était uniquement situé à Petrograd, le tome 2 nous fait suivre la fuite du personnage principal. Et c'est bien la seule chose qui différencie ces 2 opus, la qualité du récit et des dessins de Rabaté étant égales.
Revoilà donc Siméon Nevzorof, le comptable aux dents longues. La suite de ses aventures nous replonge dans la Russie de 1917, avec son lot de violences et d'incertitudes.
Siméon, comme dans le premier tome, cherche à tirer son épingle du jeu et joue au petit comte. Sans vraiment abuser personne, si ce n'est lui-même peut-être. Et Ibicus étant d'humeur capricieuse, les choses se gâtent pour notre anti-héros dans ce second volet. Siméon, Siméon, vers quoi te conduit cet homme mystérieux qui semble marcher dans ton sillage pour mieux te happer le moment venu ?
Rabaté est encore une fois magistral. Son trait est splendide, fabuleusement maîtrisé, atypique mais mémorable. L'histoire, qui appelle un tome trois et même quatre , est toujours aussi bien menée, exploitant intelligemment le riche contexte des bouleversements russes en 1917.
C'est à se demander pourquoi vous êtes encore en train de me lire au lieu de courir chez votre libraire préféré pour acheter Ibicus...